les projections

— Bah non, mais il est chié quand même de réagir comme ça non ?

— Tu aurais voulu qu’il réagisse comment ?

 

Notre copine, notre mec, nos parents, notre boss, notre plan cul, le mec qui ne s’est pas levé dans le métro, la vieille dame qui nous a doublée au Monop’ ; on trouve toujours à redire sur les comportements de beaucoup de personnes au quotidien. Parce que le fait qu’une tierce personne ne réagisse pas comme on l’aurait souhaité ; ça nous agace. Et au cas où l’on n’aurait pas compris que les gens réagissent comme EUX l’entendent, et qu’on n’y peut pas grand chose, on se sent le besoin de débattre autour de cette réaction, et éventuellement de celle que l’on aurait aimé voir. Et les projections, c’est un peu comme un deuil, ou une rupture amoureuse ; il y a des étapes par lesquelles on passe. Qu’elles durent chacune plusieurs jours, ou seulement quelques secondes, l’être humain a besoin de passer par plusieurs phases qui englobent des sentiments bien définis, avant de digérer l’événement.

 

L’ATTENTE

Une situation, une conversation, un événement, sont autant de situations qui peuvent engendrer une “attente” de notre part. On estime qu’une personne se doit d’avoir une réaction suite à ce qu’on lui a dit / ce que l’on a fait / le travail que l’on a fourni. On est persuadé que quelque chose va se produire de la part de cette personne, c’est une évidence, seulement une question de temps, et l’on ne voit pas, même pas une seule seconde, les choses se dérouler autrement.

 

Exemples *

 

*J’utilise ici des exemples avec un “je” qui n’est pas “mon je”. C’est fictif. Imaginez si j’avais tous ces problèmes en même temps, franchement ce ne serait pas une vie. Et je claquerai mon budget voyage annuel en budget psy hebdomadaire.

 

Exemple 1 : Je fournis un rapport budgétaire archi détaillé à ma boss, je lui envoie en temps et en heure, tout y est parfaitement établi et j’ai été la plus minutieuse possible. Je fais exprès d’envoyer le mail à 22h34 un jeudi, parce que je suis quelqu’un d’engagé dans mon job, et je veux que cela se voie.

 

Exemple 2 : Je fournis une photo super hot à ma target du moment, chemise ouverte, soutien-gorge triangle en dentelle, main négligemment posée sur le sein. On est jeudi, il est trois pintes et demi PM, et j’arrive à prendre une photo qui mêle sexyness de Charlize Theron avec punchline provocante à la Seth Gueko.

 

Exemple 3 : J’aide ma pote à déménager. Après s’être séparée huit fois de ce tocard en trois ans, ils emménagent finalement ensemble. Je l’ai ramassée à la petite cuillère de façon régulière au cours de ces trois dernières années, mais elle l’aime. Donc bon, en tant qu’amie, je la soutiens, je souris à son tocard de mec, et je l’aide à porter ses meubles. Putain elle est pas mal leur table basse tiens.

LA PROJECTION

Chacun son jugement et ses valeurs. Ce qui paraît naturel à certains ne le sera absolument pas pour d’autres. Mais si l’on espère une réaction bien définie d’une personne, il y a peu de chances que ladite personne réagisse exactement comme on l’aurait souhaité. Pourquoi ? Parce que cette personne n’est pas nous. Et par conséquent, n’a ni le même jugement, ni les mêmes valeurs, et n’a pas non plus vécu les mêmes événements qui nous ont défini nous, en tant qu’être individuel.

Cette personne n’est pas nous.

Mind blowing, I know.

Je viens de vous éviter huit années de thérapie, ne me remerciez pas.

 

Exemple 1 : C’est sûr que je vais recevoir un mail qui me félicite pour ce rapport budgétaire. Franchement vu le boulot fourni, ce serait la moindre des choses. Parfaitement synchro avec les entretiens annuels et l’attribution des primes. Je le sens, ma boss va enfin me faire monter sur les annonceurs stylés, et d’ici 6 mois je serai directrice clientèle.

 

Exemple 2 : Bon clairement, d’ici trois minutes je reçois un “J’arrive”, et dans vingt minutes on s’envoie en l’air comme des brutes chez moi. Il va tomber amoureux c’est sûr. Je vais avoir trois orgasmes, il va tomber amoureux, et demain on ira petit-déjeuner chez Holly Belly.

Et il m’invitera, toujours troublé par les événements de la veille.

 

Exemple 3 : J’attends son texto de remerciement, autre que le “thx !” que j’ai reçu le lendemain du déménagement. Son invitation pour que l’on passe une soirée que toutes les deux, ou un bon pour un massage histoire d’oublier les courbatures liées aux 46 cartons que j’ai dû porter. On se connaît depuis douze ans, je sais comment elle est.

LA COLÈRE

Quand on n’obtient pas ce que l’on veut, on peut soit attendre patiemment, revoir comment on a demandé les choses, remettre en question notre façon de faire en étant calme et tempéré. Ou commencer les plans machiavéliques qui nous font serrer les dents et fumer huit cigarettes en guise de dîner. Dans l’impossibilité de reprocher quoique ce soit à l’autre qui n’est même pas au courant de la situation — parce que l’on n’a évidemment pas échangé avec l’autre pour éclaircir les choses et partager nos sentiments — on craque en ayant envie de rayer la personne de notre vie en lui souhaitant les pires choses, à cet humain sans coeur. Merde.

 

Exemple 1 : Mais quelle manager de merde. Pas foutue de soutenir ses équipes, je suis sûre qu’elle pense que c’est normal de bosser 80 heures par semaine depuis 4 ans pour un salaire de stagiaire qui m’oblige à vivre dans un 20m carrés. Elle va changer deux trucs, me dire que je n’ai pas été assez méticuleuse et signer de son nom avant envoi aux big boss. J’espère qu’elle va garder un petit bout d’edamame dans les dents tout l’après-midi après son jap.

 

Exemples 2 : Okay donc clairement un “nice”, n’était pas vraiment la réponse que j’attendais. Non mais je rêve. Le mec je lui sers mes boobs sur un plateau d’argent et j’ai l’impression de lui avoir envoyé un meme. Tocard.

 

Exemple 3 : Pas d’appel, pas de message, pas de remerciements, et elle annule notre soirée nanas au dernier moment pour “profiter de son nouveau chez eux”. Non mais… non mais attends mais je vais lui foutre dans les dents sa table de chevet là. Donc je joue aux Déménageurs Bretons tout un week-end et elle n’est pas foutue de se pointer à un dîner ? Ces gens qui arrêtent d’avoir une vie dès qu’ils se mettent en couple, c’est incroyable. Quand il la quittera pour la neuvième fois, elle pourra le déménager toute seule son ancien nouveau chez eux.

LA DÉCEPTION

Parce que la haine, c’est souvent une façon détournée de gérer quelque chose qui nous a blessé.e. On se sent mis.e de côté, rejeté.e, pas estimé.e à notre juste valeur ; et c’est souvent plus facile de se nicher dans la colère plutôt que d’admettre que notre ego a été touché. Et nos sentiments un peu malmenés. Très souvent dans le monde moderne ; être en colère, c’est être fort. Etre ébranlé, c’est être faible. Mais vient un moment où la tristesse et la déception nous rattrapent, pour venir se lover en nous. On regrette alors la haine que l’on avait, et qui semblait nous porter. La déception, elle, touche souvent plus profondément. On se remet en question, on refait le match, et la boule au ventre nous ronge de l’intérieur, faisait irradier la peine.

 

Exemple 1 : J’aimerais juste une fois, une seule fois, avoir la sensation de bien faire mon job, qu’on me dise que je suis à ma place, et arrêter de me taper ce syndrome de l’imposteur alors que je bosse depuis plusieurs années comme senior dans cette boîte. J’ai besoin que l’on me booste, et me considère, pour être capable d’abattre des quantités de travail dans un job qui me plaît.

 

Exemple 2 : Bon, clairement il ne me trouve pas si canon que ça. Pas grave, 74 photos prises, des envois à 4 copines pour choisir la bonne photo, un gommage / épilation / hydratation, et le tout après 3 pintes et demi sans tomber dans la douche. Je vais regarder un épisode de The Leftovers en mangeant des Pringles, ça fera très bien l’affaire. Merde, j’avais quand-même vachement envie de le voir ce con.

 

Exemple 3 : Dix ans d’amitié et je me fais reléguer au statut de déménageur bénévole. On s’est toujours soutenues, et dès que son engagement envers un autre être humain se concrétise, elle me fout à la cave avec les meubles de l’ancien proprio. Merde. Pourquoi est-ce que l’amitié fait parfois tout autant souffrir que l’amour ?

L’ACCEPTATION

Accepter de faire entrer des gens dans notre vie et de créer des liens avec elles, c’est accepter de les laisser être. C’est ne rien attendre d’elles, et leur donner l’amour et le respect nécessaires pour créer une relation saine et épanouissante pour les deux parties. En échangeant, en partageant nos ressentis, nos déceptions, de façon construite et non violente, on établit des ponts durables et sincères avec les autres. Call me Bouddha Flora, mais lorsque l’on n’attend rien, on peut être incroyablement et positivement surpris. L’amour, l’amitié, sont des notions incroyables, qui mêlent l’envie de posséder l’autre tellement les sentiments peuvent être forts, à la difficulté à le laisser être en tant que personne individuelle. On prend ce qu’il y a à prendre, donne ce que l’on peut donner, et si l’on souhaite partager la façon dont on a vécu la situation passée, on en parle calmement à l’autre, sans lui reprocher de ne pas être capable de lire dans notre esprit.

 

Exemple 1 : Je demande à voir ma boss pour lui expliquer mes attentes et la façon dont je vois les choses pour pouvoir être épanouie au sein de mon job, pour le bien-être de l’entreprise, et surtout pour le mien. Car l’un ne va pas sans l’autre. Si ma boss comprend et accepte les échanges, on fait des points souvent pour se parler sans laisser s’amasser les non-dits et les frustrations. Si elle ne veut rien entendre et ne nous considère pas, ne comprenant pas pourquoi l’on a besoin de reconnaissance dans notre travail, et de respect au quotidien, on se casse. On se trouve un job qui nous plait avec des collaborateurs respectueux, une ambiance bienveillante et des missions qui nous challengent. Et on se prend des petites semaines de vacances entre nos deux jobs. You go girl!

 

Exemple 2 : On se demande ce que l’on cherchait en envoyant cette photo. Un compliment ? Relancer un plan cul ? Attirer son attention ? Une validation ? Retenir quelqu’un qui nous échappe ? Quoique ce soit, on se l’avoue, et on essaie de comprendre ce que l’on recherche dans cette relation, et surtout si l’autre est sur la même longueur d’ondes. Et on ne laisse personne nous faire nous remettre en question sous prétexte que la réaction attendue n’était pas à la hauteur de celle que l’on attendait.

 

Exemple 3 : On parle avec notre amie en lui expliquant ce que l’on a ressenti, sans l’accuser de tous les maux. La communication non-violente, cela ouvre plus de portes que l’on ne peut se l’imaginer. Et on essaie de trouver un nouvel équilibre à notre relation qui nous conviendra à toutes les deux, sans frustration, sans amertume. Les amitiés évoluent, le tout est de savoir si l’on a envie d’évoluer avec elles. Ah oui, et on arrête d’appeler son mec “le tocard”. On ne sait jamais, à force de le dire ça pourrait nous échapper pendant le toast si ces deux-là décidaient de se marier. Mais quand-même, quel tocard.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

Make yourself at home

 

À quelques semaines de quitter l’appartement dans lequel j’ai passé quasiment cinq ans de ma vie, et de partir d’une ville qui m’a vue grandir ; je commence à faire le deuil de ce qui ne m’appartiendra bientôt plus. Cet appartement, c’est le vrai premier pour lequel j’ai tout acheté. Dans lequel je me suis sentie bien, et suis restée le plus longtemps.

 

Avant de l’habiter, il y avait eu plusieurs endroits qui avaient constitué des morceaux de ma vie d’adulte. Des studios en banlieue dans lesquels je mangeais des Kinder Country en guise de repas, dans mon clic clac qui me servait aussi de lit / bureau / canapé / cabine téléphonique / salle de cinéma / lieu de debrief du week-end écoulé, debout dans la cuisine. Des maisons en Nouvelle-Zélande qui faisaient de moi une expatriée pour la première fois de ma vie. D’autres  studios, cette fois-ci intra-muros, toujours plus petits, dans un quartier dont la moyenne d’âge était de 78 ans (coucou le XVème), dans lequel je pouvais cuisiner tout en étant assise sur lit qui datait d’il y a plus de trente ans — vraie histoire — et où les toilettes étaient sur palier. Mais j’avais une adresse parisienne, et c’était bien là l’essentiel pour moi.

 

Et puis il y a eu cet appartement, le lieu dans lequel j’ai commencé à écrire une nouvelle étape de ma vie. Cet endroit dont j’ai eu besoin pour chercher qui j’étais, et qui je voulais être. Cet endroit qui me ressemblait tellement, que j’ai fait me ressembler, et qui m’a fait me sentir en sécurité alors que les événements extérieurs étaient parfois chaotiques.

 

Il a été le 34ème appartement que j’ai visité à l’époque où j’en cherchais un. L’immobilier, c’est comme l’amour ; on sait très vite si ça va marcher ou pas. Et il n’était pas question que je prenne un appartement que je n’aimais pas totalement.

 

Pour lui, j’ai tout de suite su.

 

Pourtant, niché dans ce quartier si luxueux, où chaque vitrine hurle des prix hallucinants pour des produits dont personne n’a besoin, notre compatibilité n’était pas évident à première vue. Mais au centre de notre capitale la plus visitée au monde, je me sentais bien. Au milieu de tous ces touristes qui regardaient Paris avec des yeux neufs, et des envies de romantisme à ramener dans leurs bagages, en plus des carrés Hermès et des bouteilles de Chanel n°5.

 

En cinq ans, je n’ai jamais arrêté de me prendre des claques visuelles ; à chaque running hebdomadaire aux Tuileries, à chaque passage qui me faisait traverser la place Vendôme, chaque changement de rive en empruntant la passerelle Solférino, chaque verre à côté de l’eau, chaque petit-déjeuner à Opéra ; je regardais ce que j’avais la chance d’avoir au quotidien.

 

J’avais envie de prendre soin de cet endroit que je pouvais appeler mon chez moi, pour le remercier de m’aider à prendre soin de moi. Il a senti la bougie Fleux au melon chaque été, et le tabac miellé chaque hiver, pendant cinq ans. Il m’a permis de cuisiner des tas de plats que j’ai partagés avec les gens qui faisaient partie de ma vie, et de préparer des tas de cafés à ceux que je n’y ai jamais laissés entrer. Il a vu des soirées cosmo pendant lesquelles on trouvait les solutions à tous les problèmes du monde, sauf à celui qui nous permettrait de résister à plus de deux cosmos sans être totalement ivres. Il m’a vue lire des dizaines, des centaines de livres. Il a eu des dégâts des eaux, des lampes qui ont pété, et le coin de mon lit inférieur droit qui est tombé fou amoureux de mon tibia gauche, faisant tout pour le rencontrer, dès qu’il en avait la moindre occasion. J’ai usé le plafond à force de le regarder le dimanche soir, en me demandant pourquoi la vie m’avait amenée là où j’étais, dans cet appartement, et quel était mon rôle à jouer, moi, toute petite dans ce grand univers.

Dans cet appartement, j’ai pleuré, j’ai ri — bordel qu’est-ce que j’ai ri — j’ai fait les cent pas, j’ai eu un paquet de gueules de bois, fait plus de sessions de yoga qu’il n’en faut, et me suis mangé ma plante suspendue environ 23.000 fois. Je pense d’ailleurs, qu’à l’heure actuelle, c’est la chose que j’ai la plus insultée de ma vie. J’ai beaucoup écrit. J’ai écrit des lettres que je n’ai jamais postées et composé des numéros que je n’ai jamais appelés. En regardant à travers ma fenêtre, j’ai vu beaucoup d’avions passer dans le ciel, en me demandant où les gens pouvaient bien aller. Et où j’allais moi.

 

Mais grâce à cet appartement, grâce à ces quelques mètres carrés que j’ai accueillis comme un endroit, et transformé en maison au fil du temps, je sais un peu plus où j’ai envie d’aller. Et ça, ça vaut bien le prix du mètre carré parisien.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

le coiffeur

J’ai été chez le coiffeur. Mais je ne me suis fait pas fait couper les cheveux.

 

Putain elle déraille ça y est.

 

Déjà tu te calmes, okay. Et je déraille depuis trente ans, donc Fais t’y. Fais-t’y ? Fais-y toi ?

 

 

Donc deal with it.

 

Je suis donc allée chez le coiffeur, mais je ne me suis pas fait couper les cheveux, parce que la dernière fois que j’y suis allée, j’avais fait un monologue de 23 minutes sur le pourquoi du comment mes cheveux longs faisaient partie de mon moi actuel — je revenais d’Afrique du Sud, les gens m’appelaient Vendredi (pour Vendredi ou la vie sauvage, au cas où tu n’aurais pas la ref espèce d’inculte) et pourquoi il fallait donc ne couper QUE les pointes, juste les pointes. J’étais ressortie de là avec un carré long, avais laissé un pourboire (#victime) et étais partie me cacher dans mon lit en jurant que PLUS JAMAIS je ne laisserai un coiffeur me couper les cheveux.

 

C’était en mai. Depuis, j’ai retrouvé ma longueur et laisse-moi te dire que c’est bien pratique étant donné que j’ai fait le tri un peu trop vite lors de ma dernière collecte de vêtements pour une association et que j’ai donné TOUTES mes affaires d’hiver. Sauf un bonnet.

 

Nous voilà donc en novembre, et je me retrouve de nouveau chez un coiffeur pour accompagner ma meilleure amie qui est en détresse capillaire et qui a besoin d’un soutien.

 

— Bonjour, ce serait pour un shampoing brushing s’il vous plaît

— On ne coupe rien ? Même pas les pointes ?

— Vas-y, essaie.

— Pardon ?

— Non non, shampoing brushing. C’est tout, merci.

 

Je mets la petite cape dans laquelle je n’arrive jamais à trouver les manches — sourires gênés haha oui c’est pas très pratique à mettre hein c’est vrai — puis direction le bac. Après 17 “ça va la température ?”, et trois “ils sont fatigués vos cheveux non ?”, je me dis que, quand-même, c’est dur de lancer ça au visage de mes cheveux, surtout de la part d’un mec qui a le crâne rasé. Mais bon, mes cheveux sont moins susceptibles que moi. Je lui lance quand-même un “ils prennent beaucoup le soleil ! Parce que bon, moi aussi je suis fatiguée, donc je pars souvent en vacances”.

 

Voilà, donc t’arrêtes de critiquer mes pointes ou je te force à regarder chacune de mes photos de vacances des trois dernières années.

 

Silence de quelques merveilleuses minutes, je crois qu’il a comp…

 

— Mais vous ne faites jamais de masque ?

— Oh boy…

— Hein ?

— Bah si, parfois, des bains d’huile de coco quoi.

— Ah vous êtes plutôt diaïoua

— Plutôt quoi ?

— Diaïoua !

— …

— Fait maison quoi !

— Ahhhh, DIY

— Oui voilà ! Sinon on a un super soin Kérastase qui permet de…

— Non non, vraiment je préfère les choses naturelles donc c’est gentil mais non

— D’accord c’est comme vous voulez. Je vous fais un massage ?

— Non c’est bon j’aime pas trop qu’on me…

— Oh ça va vous détendre vous allez voir

Okay donc là, je ne suis pas détendue du tout, et j’ai un mélange de tellement de sensations en même temps que j’ai l’impression que mes différents personnages dans ma tête sont eux-mêmes schizophrènes. Le coiffeur me masse alors que je n’aime pas que l’on me touche, du coup, ça m’énerve. En même temps son putain de massage est vraiment cool, donc j’ai un peu envie de dormir. Et puisque ces massages ressemblent beaucoup à des papouilles, signe d’une soirée à deux dans un lit, j’ai un peu envie de m’envoyer en l’air.

Voilà, on est samedi, il est 10h du matin, et j’ai envie de cogner / dormir sur / embrasser le coiffeur.

 

— Je vous ai quand-même fait le soin Kérastase, cadeau de la maison.

— mrmmph mrrhpmmm okaaay

 

Après avoir un peu bavé et m’être endormie au bac en rêvant de Malcolm Marx (c’est lui pour ceux qui ne le connaissent pas) (plaisir d’offrir), le coiffeur m’emmène sur une chaise face à un miroir beaucoup trop bien éclairé qui me sort de ma torpeur. S’en suivent douze brûlures légères à l’oreille / au crâne / dans la nuque — cette fois-ci sans JAMAIS me demander si “ça va la température ?” — je sors avec ma longueur, peignée comme un Playmobil stylé, et avec des cheveux qui sentent bon, même si ce n’est pas la coco.

 

Un samedi matin plutôt cool pour un Vendredi ou la vie sauvage.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

le massage

 

Il y a quelques semaines, j’ai été me faire masser. Une envie spontanée née après avoir parlé de l’application Treatwell. Treatwell, c’est un peu comme Balinéa, mais en moins cher En gros il s’agit d’une plateforme qui regroupe des centaines de lieux dans lesquels tu peux te faire masser / faire faire une manucure / te faire couper les cheveux, et plein d’autres trucs a priori cool quand tu as envie d’un petit peu de pampering.

J’ai donc parlé de cette application, et vu que la magie Mark Zuckerberg et son Big Brothering font bien les choses, j’ai eu environ 282929 pubs poussées de l’app sur Facebook.

 

C’était donc un dimanche d’octobre, il pleuvait, je venais de finir un tea time avec une amie et l’idée de me faire masser sur une table chauffante avec de l’huile qui sentait bon les îles Fidji me faisait vachement envie.

 

J’ai donc choisi un massage aux huiles chaudes à 700m de là où j’étais, ai repris une part de pumpkin pie pour la route, et suis allée à mon rendez-vous.

 

Quand j’ai débarqué à l’adresse de l’institut, il y avait une façade déconfite sur laquelle était inscrit en lettres capitales “ONGLERIE”. Et c’était pas dans la meilleure typo. Et celui qui nie le fait que la police d’une enseigne n’est pas directement liée à la qualité de la prestation n’est autre qu’un escroc.

 

Je regarde mon mail de réservation, puis l’enseigne, puis le numéro de la rue, puis mon mail de réservation, puis ma pumpkin pie, et j’entre dans l’institut. À ce moment-là, je sais que l’institut n’en n’est pas un, donc je vais arrêter de l’appeler comme ça, je préfère être honnête. J’entre donc dans cet endroit défraîchi à l’odeur de cuisine étrange. Deux dames m’accueillent et me disent de m’asseoir après que je leur ai annoncées que j’avais rendez-vous pour un massage d’une heure. Je m’assieds et une autre dame me dit de la suivre. Je n’ai pas eu le temps de m’asseoir sur la chaise et fais donc un squat — c’est toujours ça de pris. La dame me montre une pièce, ouvre la porte, j’y entre, et elle referme la porte derrière moi.

 

Dans cette pièce exiguë et d’une glauquitude hors-norme ; une table de “massage”, un slip jetable emballé, une radio et un porte-manteau. J’en conclus donc que je dois enfiler ce slip. Des massages, j’en ai fait d’autres, et je sais que le plus souvent, la tenue portée n’est pas celle dans laquelle je me trouve le plus à mon avantage. À peine le temps d’enfiler un bout du slip que la dame entre de nouveau “j’ai pas finiiiiiii” je lui lance, une jambe en l’air, l’autre prête à lui faire un kick pour cause d’intrusion. La scène se répétera une deuxième fois, mais faire les gros yeux en slip jetable n’a pas le même impact que quand l’on est habillé. Lesson learned.

 

À l’intérieur, ça sent l’huile rance et l’heure qui va sembler beaucoup trop longue, mais je n’ai pas vraiment le choix, et je m’allonge sur la table, un peu dépitée. Au total, je suis restée une heure dans cette pièce sombre et triste, avec une radio qui crachotait de la musique chinoise, une masseuse qui respirait tellement fort que j’avais l’impression qu’un vent force 8 s’abattait sur mon velux, et All night long de Lionel Richie qui tournait en boucle dans ma tête — ça n’a rien à voir avec le massage, mais je voulais quand-même le souligner.

 

Au bout de cette heure interminable, la dame me lance un “finiiii”, accompagné d’une lampe de 8000 volts qu’elle allume et qui me brûle la rétine. Me voilà donc toujours myope, toujours astigmate, et avec la sensation d’avoir une cloque à l’oeil gauche. À moitié aveuglée, je tente de me rhabiller dans la dignité et la lumière peu flatteuse du néon blanc qui me donne l’impression d’avoir de la cellulite sur les orteils et des cernes aux omoplates.

 

Je suis ressortie sous la pluie, en sentant l’huile de cuisson, encore plus tendue qu’à l’arrivée.

 

Bon, au moins j’ai ma pumpkin pie pour me consoler. Et je peux même la blâmer quand les gens me regardent dans le métro en reniflant l’odeur d’huile de cuisson qui émane de mes pores.

 

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

les multiples facettes

Il y a quelques jours j’étais dans un bar, et alors que je me suis souvenue de pourquoi je n’aimais plus les bars (c’est parce que je suis vieille) (et que je préfère faire des squats chez moi plutôt que dans des toilettes exiguës qui sentent le métro) (ou l’inverse), je suis rentrée chez moi.

 

Dans le métro du retour (qui sentait les toilettes donc), j’ai lu l’un de mes bouquins du moment qui est écrit par Arnaud Desjardins qui n’est autre que le fondateur de l’un des Ashrams dans lesquels je vais me rendre en 2020. Que vous soyez ou non intéressé.e par la méditation, je trouve qu’il est toujours intéressant d’opter pour ce genre de lecture, de façon régulière ou ponctuelle ; on apprend beaucoup sur soi, sur les autres, et sa façon de se comporter dans le monde. Au pire des cas cela ne vous parle pas et vous le prêtez à quelqu’un d’autre que cela inspira peut-être, et dans le meilleur des cas vous prenez un peu de recul sur la vie que l’on mène et notre façon d’être heureux, paisible, et on prend un shoot de bienveillance.

 

On a connu plus risqué.

 

Je continue de lire ce bouquin, devant revenir parfois sur certaines phrases pour bien les assimiler. Certaines choses me paraissent familières, d’autres principes sont un peu plus inconnus, mais je suis assez captivée, et quand j’arrive à son explication de la multiplicité des personnes dans un même être ; ça me parle énormément. Il explique notamment que la paix avec soi-même ne peut arriver que lorsque l’on comprend et identifie notre être “neutre”, celui que nous sommes sur le long terme, celui qui nous permet de comprendre l’unité. Mais pour comprendre l’unité, il faut avant tout passer par l’exploration de la multiplicité.

 

Je ne parle pas de la schizophrénie qui est une maladie, mais bien de cette sensation d’avoir plusieurs personnalités qui s’expriment au gré de leurs envies à travers nous, à travers notre être.

Cette sensation qui nous donne l’impression d’être un être dual, toujours dans la pluralité, trop souvent dans la contradiction. Ces personnes qui vont et viennent de façon non contrôlée nous surprennent parfois, pensant qu’elles avaient disparu, alors qu’elles se cachaient juste un peu plus loin. Voilà, derrière le poteau là-bas. Mais si à côté du petit buisson. Oh mais mets tes lunettes aussi !

 

la colérique

Je ne suis pas quelqu’un de colérique en général. Mais des personnes, des situations, peuvent me donner des élans de colère profonde qui apparaissent et retombent en quelques minutes. Une réflexion gratuite, de la malveillance, du jugement, du bruit répétitif, quelqu’un qui me pousse dans le métro, ne sont que quelques unes des situations dans lesquelles je vois apparaître cette personne colérique qui serre les dents. Elle n’intervient pas toujours dans ces situations, on peut parfois me faire une blague sur le végétarisme, je rigole, parce que chacun ses convictions, et de toute façon les mentalités évoluent, c’est bien tout ça… Et une autre fois, on va me dire que je dois être carencée, et je n’ai qu’une envie, c’est claquer un crochet pour expliquer que non, et fouetter la personne à terre avec une saucisse végétarienne. Mais je ne le fais pas parce que :

1 – la bienséance

2 – ma mère m’a toujours dit de ne pas jouer avec la nourriture

la familiale 

Mariage, enfants, achat d’une maison en banlieue parisienne (ou ailleurs) ; ce n’est pas vraiment mon credo. Je ne suis pas du tout contre tout ça, et j’ai même été très tentée par le mariage à une époque. On dira ce que l’on veut, je trouve cela beau, et je suis une éternelle optimiste. Mais le combo classique insufflé par la société n’a jamais été vraiment dans mes plans de vie. Les gros mariages en France ne me tentent pas, je n’ai pas le désir de porter un enfant et la vie en France, en banlieue ou ailleurs, est bientôt derrière moi. Mais quand je reviens de chez ma soeur, que j’ai vu ma nièce, ou que je regarde une série dont les protagonistes vivent tous dans de jolies maisons entourées de petites clôtures d’un blanc immaculé, je ne peux m’empêcher de rêvasser à une vie faite de tourtes maison et barbecues en famille dans le jardin.

 

la sceptique

Je suis d’un naturel positif. Mais quand je lis les news, j’ai parfois l’impression que le monde s’écroule en quelques minutes. Je vois la bêtise des gens, l’égoïsme du monde, le manque d’empathie des plus puissants, écrasant les plus démunis sans même prendre le temps de se demander si ce qu’ils font est discutable… Et j’ai envie de baisser les bras. Cela ne dure en général que quelques minutes, la lecture d’un autre article plein d’espoir ou un peu de méditation venant balayer cet élan de pessimisme. Mais quand le scepticisme me prend, je n’ai jamais envie de l’accueillir, même en sachant pertinemment qu’il ne sera que de passage.

 

la critique

La pensée positive, la bienveillance, la tolérance, sont des principes qui m’habitent et que j’essaie de cultiver un peu plus chaque jour. Je suis persuadée que le bien appelle le bien. Mais parfois, quand une situation va à l’encontre de mes valeurs, que les gens font des choix que j’estime être “mauvais”, malveillants ou égoïstes, je ne peux m’empêcher de critiquer leurs actes. J’essaie de garder ces critiques à l’intérieur, ou de les exprimer de façon construites, et seulement en demandant avant “Je peux te donner mon avis ?”, mais quelques fois, ces critiques se forment dans mon esprits ; acerbes, dures, parfois violentes.

Trouver un équilibre avec son “soi neutre” est, je pense, le travail de toute une vie. Accepter nos sentiments, nos différentes facettes, en essayant de ne blesser personne avec notre ego bien souvent trop présent, n’est pas une mince affaire. Mais bon, la méditation, l’introspection, la critique positive, les rencontres qui nous forgent sont autant d’axes d’amélioration qui font de nous des personnes meilleures, un peu plus chaque jour.

 

Et c’est déjà pas mal.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

théière versus avocat de la défense

 

L’automne est là ; bien installé avec ses pumpkin spice lattes et ses préparatifs de cocktails à base de dry ice pour une soirée d’Halloween qui “cette année, va vraiment envoyer vous allez voir”.

 

L’automne, c’est la période douce-amère de l’année où l’on est sans cesse divisé entre la joie de pouvoir rester chez soi, seul.e ou avec des ami.e.s, et la tristesse ambiante qui va de paire avec le ciel qui se pare de son plus beau pantone de gris. Et si certains dimanches soirs sont agréables, passés dans un canapé dont l’assise finit par prendre la forme de notre séant (séant, ça veut dire “bouli” mais en plus joli) (bien que le terme “bouli” ait un certain cachet je trouve), d’autres dimanches peuvent rapidement prendre une direction plus morose.

 

Et c’est bien souvent à ce moment-là, alors que j’ai envie de me relever pour me refaire une théière qui est beaucoup trop loin dans l’appartement, que je me souviens des personnes qui ont partagé ma vie. Et ma théière, donc.

 

S’en suit une liste, plus ou moins exhaustive de ces personnes. Entre deux rictus de “oh mon Dieu mais qu’est-ce qui m’a pris” et trois “OH MON DIEU MAIS QU’EST-CE QUI M’A PRIS ??”, je finis par me souvenir d’un nom. Et plus je le tourne dans tous les sens ce nom, plus je me demande pourquoi je ne partagerai pas ma théière avec cette personne, juste le temps de quelques semaines, histoire de faire des cookies, de lire des bouquins au chaud et toutes sortes d’activités automnales que l’on voit dans les films Netflix et qui nous donnent l’impression que faire une fournée de cookies seul.e n’est décidément pas acceptable en 2019.

 

Ni jamais d’ailleurs.

 

Et c’est à ce moment-là que je sais, JE SAIS que je vais dans la mauvaise direction. Que si j’ai décidé à un moment de ne plus vouloir partager ma théière avec cette personne, c’est qu’il y avait des raisons. Le téléphone me démange, est-ce que je ne lui enverrai pas un petit texto ? Alleeeeeez un p’tit texto c’est rien, juste histoire de prendre de ses nouvelles. Les négociations avec moi-même commencent, j’ai beaucoup d’arguments recevables, les raisons qui expliquent la fin de notre feu partage de théière sont vagues, et j’ai toujours autant la flemme de me lever pour une nouvelle infusion.

Et là, mon avocat de la défense débarque.

 

Mon avocat de la défense, c’est cette personne qui vit dans un coin de ma tête. Celle qui sait ce qui est bon pour moi, qui est objective quant à mes prises de décisions, et qui me raisonne quand personne d’autre n’y arrive. C’est cette personne avec laquelle je négocie souvent dans ma tête, essayant en vain de la persuader, de me persuader, alors que je sais parfaitement quelle est l’issue à emprunter dans une situation de doutes.

 

Je ne suis toujours pas allée chercher la théière, ma tasse est vide. Je la regarde en me disant qu’il suffirait que je rappelle ce mec pour qu’il puisse me faire un thé, et que l’on serait heureux à binge watcher Netflix en buvant une infusion cannelle orange tels des retraités.

 

C’est là que mon avocat de la défense me juge, et, trop habitué à cette situation familière, s’approche de la barre en me regardant, dépité, mais bien décidé à me prouver à quel point j’ai tort.

 

S’ensuit alors un combat interne entre mon avocat de la défense et mon moi flemmard dont le moral est en berne parce qu’il fait moche dehors. Les arguments pleuvent des deux côtés, et la schizophrénie me gagne, ainsi qu’un mal de tête imminent, à force d’écouter les avis de l’un et l’autre, se renvoyant leurs arguments comme une balle de match à Roland Garros.

 

— Oui mais il était mignon quand-même, avec ses yeux empreints de gentillesse

— Les yeux que tu voulais enlever de ses orbites quand il ne t’écoutait pas et pouvait passer 6 jours à t’envoyer des messages juste pour te raconter ses vacances sans jamais te demander comment tu allais ?

— C’est arrivé une fois…

— Parlons-en des voyages, souviens-toi le soulagement d’être sans lui quand tu es partie. Tu voulais un signe ? Tu l’as eu.

— Oui mais parfois on rigolait bien

— Tu peux rigoler avec tout le monde

— C’était sympa d’avoir quelqu’un à qui envoyer des messages

— Envoie donc un message à ton père, tu ne lui donnes pas assez de nouvelles

— Hey tu vas te calmer l’avocat de mes deux là

— Bah alors, on est énervée ? Et encore, c’est rien par rapport au jour où tu as failli quitter le restaurant tellement ses propos étaient désobligeants

— Arrête

— Quand tu lui disais non mais qu’il insistait, n’écoutant que ses envies, te jetant au visage son égoïsme et son manque d’éducation.

— Je te le demande une deuxième fois ; arrête.

— Et votre deuxième date avec cette pauvre serveuse qui n’a pas su où se mettre quand tu pensais qu’il avait payé vos deux consommations alors qu’il n’avait payé que la sienne ?

— Arrête bon sang

— Et ce week-end à Deauville où il t’a forcée à aller au casino alors que tu étais malade

— Putain mais tais-toi

— Et les pop corns. Rappelle-toi des pop corns.

— …

— Tu sais que j’ai raison

— Bon, je vais me faire du thé. Tu en veux ?

 

Vous avez un avocat de la défense vous ? Il gagne souvent ? De mon côté je fais en sorte de l’écouter, parce qu’il a beau être énervant, il a quand-même très souvent raison. A part quand j’ai bu deux verres. Dans ces cas-là, sa voix ne devient qu’un murmure lointain, et en général il attend que je me réveille le lendemain pour me regarder avec sourire moqueur et un sourcil hautain en me disant : “Je t’avais prévenue”.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

lost in translation

 

Je n’arrête pas de lire des tas d’articles qui parlent de la solitude frappant les gens qui habitent dans des mégalopoles. Il y a même Klapisch qui en a fait le sujet de son dernier film, c’est pour dire. On vit entassés les uns sur les autres, dans des appartements trop petits aux murs si fins qu’ils enlèvent toute forme d’intimité, aux lignes de métros qui exacerbent la promiscuité, et pourtant, 45% des 18-35 ans auraient déjà ressenti un ou plusieurs épisodes de profonde solitude. (source AFP).

 

Mais comment peut-on être seul.e.s dans des villes telles que Paris où l’on ne peut pas faire un pas sans se cogner contre le tote bag d’un.e inconnu.e ?

 

Comment se sentir seul.e alors que le Prêt à Manger du coin de la rue a toujours une file d’attente d’au moins dix minutes, qu’on laisse passer trois métros avant de pouvoir monter dans une rame, qu’il faut toujours attendre pour bruncher, que les bars sont bondés du lundi au dimanche, que les places de concert s’écoulent en 60 secondes, que les trottoirs sont trop étroits pour ces millions de personnes qui les empruntent chaque jour et que l’on ne peut être tranquille qu’en prenant le train pour s’éloigner de cette ville surchargée qu’est Paris ?

 

Toutes ces questions, je me les pose depuis déjà bien longtemps. Mais je me les suis encore plus posées ce week-end, alors que j’étais dans un TER grinçant qui m’emmènerait à une heure de Paris, là où l’on peut randonner d’étang en étang, dans un silence assourdissant.

Puis au cours de ma randonnée, j’ai rencontré Philippe. Alors que j’essayais tant bien que mal de m’enfoncer dans l’étang dont le sol semblait vouloir m’avaler à chaque pas, j’ai aperçu Philippe qui se baignait aussi. Il était confiant, en train de flotter au milieu de l’étang. Lui ne pensait visiblement pas à tous les monstres qui pouvaient peupler cette grosse flaque d’eau marécageuse. J’ai essayé de garder la face, sous les encouragements positifs de mon amie qui elle était restée à l’extérieur et qui me disait des mots de soutien au loin (“ALLEZZZ LAAA FAIS PAS L’ENFANT. En même temps c’est sûr qu’il doit y avoir des poissons immenses là-dedans. Avec des dents et tout”) avec pour réponse de ma part un sang froid des plus maîtrisés “REDIS ÇA ET JE TE JURE JE VIENS TE CHERCHER SUR LE RIVAGE ET JE TE NOIE”).

 

Après m’être immergée dans l’étang en me répétant “ne pense pas au fond gluant, ne pense pas au fond gluant, ne pense pas au fond gluant”, Philippe et moi avons commencé à parler. Un homme d’une gentillesse incroyable, le tonton sympa qui s’intéresse foncièrement à toi aux dîners de famille. Pas le tonton raciste chelou. Pas le tonton bourré (peut-être le même que le tonton raciste chelou). Juste le tonton sympa.

 

Après avoir fait taire ma petite voix dans ma tête qui me disait “peut-être qu’il va te tuer et te noyer dans l’étang”, je me suis dit que :

 

1 – Je nageais carrément plus vite que lui, donc même s’il essayait de me tuer, je partais avec un avantage.

2 -  On était deux contre un.

3 – J’allais quand même dire que je faisais de la boxe anglaise depuis longtemps, juste pour planter le décor. S’il essayait de me tuer, qu’il sache qu’il ne s’attaque pas à une joueuse de badminton ou de ping pong.

4 -  Je ne pouvais pas mourir à Rambouillet. Non pas que ce soit impossible, mais c’était trop injuste pour que ça arrive.

 

Au fur et à mesure de la conversation avec Philippe, j’ai compris qu’il avait du mal à se faire des amis. Il nous parlait de ses pérégrinations sur des sites type OVS pour organiser des activités culturelles dans le but de rencontrer des gens, et le fait que ce n’était pas toujours évident. Il avait la sensation qu’il était plus difficile à son âge qu’au nôtre de se faire des amis, et surtout que les parisiens avaient tendance à ne pas tisser de liens durables en dehors de leur cercle d’amis.

On a papoté avec Philippe, à nager dans l’étang et à se raconter nos vies, à débattre de Paris, de sa complexité, des relations humaines, de sport. Et je n’ai pas pu m’empêcher de repartir avec le coeur lourd. J’ai souvent besoin de temps calme, de moments de solitude où j’ai le temps de me poser avec moi-même. J’aime partir en vacances seule pour prendre le temps de faire ce qui me fait plaisir, au moment où ça me fait plaisir. Mais si j’aime ces moments-là, c’est je pense, parce que j’ai la chance d’être entourée depuis longtemps, et de pouvoir avoir des amis et des gens que j’aime qui se rendent disponibles pour être dans ma vie de manière constante. Mais j’ai tellement vu des gens craquer à cause de la solitude. Des personnes qui donnaient le change, pour finalement pleurer en avouant à demi-mots qu’ils souffraient de ne pas avoir d’amis. Les ayant mis de côté alors qu’ils avaient rencontré quelqu’un duquel ils se séparaient après de longues années, se retrouvant seuls. Ayant déménagé et n’ayant pas gardé contact avec ceux qui constituaient leur “vie d’avant’. Ayant privilégié leur vie professionnelle en oubliant leur entourage, et en s’oubliant eux-mêmes.

 

Alors je ne sais pas comment je réagirais si, à cinquante ans passés, j’étais seule, avec une difficulté à me faire des amis. Mais plus je rencontre de gens, et plus je me dis que ce que je sais, c’est qu’à trente ans, avec plein d’amis de longue date et de nouveaux qui apparaissent chaque jour, faisant de ma vie une vie riche et inspirante, ce que j’ai envie de faire c’est de tendre la main à ceux qui n’ont pas forcément la chance que j’ai.

 

Sans réfléchir à la différence d’âge, sans me dire que c’est étrange que la personne n’ait pas d’amis, sans écouter les “tu ne peux pas sauver tout le monde”, ni cette petite voix qui me dit que ça va être bizarre d’avoir un ami si différent des autres. Juste en écoutant ce que j’ai envie de faire pour partager un peu de l’amour qui m’entoure.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Laisser un commentaire

de la difficulté du non-jugement

 

Il s’est passé un truc étrange récemment. J’ai reçu un message facebook d’une personne que je ne connaissais pas du tout. Il commençait sa phrase par “hello, je sais que ça fait deux ans, mais est-ce que je peux te poser une question”. J’ouvre donc tous les tiroirs de mon esprit, recherche tous les visages de personnes croisées, d’amis, d’amants, de connaissance de connaissance, d’entretiens de boulot, de personnes rencontrées en voyage, de contacts qui viennent via mes parents qui donnent mon contact à n’importe quel publicitaire en devenir à la recherche d’un stage… mais après une recherche intensive dans mon passé, je suis certaine que je ne connais pas cette personne. Il me dit “mais tu n’as pas l’historique de notre conversation ?”, et s’en suit cette capture écran :

71084385_1105873146278111_7150072464150626304_n

Donc on ne se connaissait ni en 2017, ni en 2019, et cet inconnu m’avait fait ouvrir tous les tiroirs de ma mémoire, me faisant mettre pause dans “Our Planet”, pour rien.

Je lui dis donc poliment que l’on ne se connait pas, que je ne sais toujours pas ce qu’il veut et que je sens le vieux e-plan drague du mec qui a choppé mon profil sur Wanted (communauté d’aide entre particuliers qui peut vous aider à réparer votre micro-ondes / donner des fringues à une association / vous couper les cheveux / retrouver votre pass navigo, dont les membres sont répartis de cette façon :

 

10% de personnes bienveillantes

60% de trolls

20% qui pensent que Wanted community est en fait la homepage de Google

10% de mecs relous qui t’envoient des “salu sa va” en DM après que tu aies posé une question à la communauté).

 

Il me dit qu’il a une proposition et se demandait si j’étais intéressée par un “moneyslave”.

Re-pause sur Our Planet, décidément je ne saurais jamais ce qu’il arrive à ces arabian leopards. (J’ai caché son identité pour des raisons évidentes – et aussi parce que j’aime bien colorier les trucs sur iPhone, j’ai l’impression de jouer aux jeux à gratter) :

70359900_420110658635664_8668167421296640_n

 

C’est après une recherche Google que j’apprends qu’un moneyslave est une personne qui est excitée sexuellement en envoyant de l’argent à des nanas qui vont le dominer.

 

Ah.

 

Là mon cerveau se répète donc “what the fuuuuck…what the fu…” depuis huit minutes, en se demandant à quoi  peut bien ressembler la vie de ce mec qui insiste tout de même pour me “faire rien qu’un petit virement”, même après que j’aie décliné sa proposition.

70320686_675777539574764_1427451532084772864_n

J’en parle évidemment avec des copines sur une conversation de groupe pour faire écho à un débat que l’on avait eu pas plus tard que la veille autour du thème des sugar babies, ces femmes qui s’affichent au bras de puissants hommes qui leur offrent des cadeaux pour pouvoir profiter de leur présence. Et puis j’essaie d’arrêter de grimacer et de me dire que dans l’esprit d’être moins dans le jugement, davantage dans l’acceptation et dans la compréhension, je ne vais pas ranger ce mec dans la catégorie des personnes “dérangées”, simplement parce que ses orientations sexuelles ne sont pas les mêmes que celles dictées par la société. A cet instant, c’est très très compliqué. Déjà parce que j’ai laissé sur play Our Planet dans un mouvement de panique en allant d’article en article traitant du money slaving, que les arabian leopards ne sont plus à l’écran et que je ne sais pas où ils sont passés, étant donné que je n’ai pas été foutue de suivre une seule seconde de cet épisode qui s’annonçait pourtant très prometteur. Et puis surtout parce que ne pas juger quelqu’un quand ce qu’il fait / pense / dit, est en totale contradiction avec notre propre système de valeurs et de pensées. On a beau savoir que le monde est peuplé de personnes différentes de nous, on ne peut s’empêcher de juger leur façon de vivre, surtout si elle est différente de la nôtre. Et une fois le jugement posé, ce qui ne prend en général que quelques secondes, c’est très compliqué de le retirer et de revenir à une base neutre.

Et si l’on ne reçoit pas tous les jours des messages nous proposant du moneyslaving, on est tout de même confronté à ces situations via d’autres schémas par exemple.

 

Pendant un date, il suffit que la personne fasse quelque chose qui ne rentre pas dans nos critères de norme pour que tout se casse la gueule. On peut parfois faire abstraction de quelque chose que l’on estime étrange, mais c’est souvent trop dérangeant pour que ce soit le cas. A part si l’amour s’en mêle, mais c’est encore un autre sujet.

 

Ces jugements de valeur peuvent arriver pour plusieurs raisons. Les raisons peuvent se cumuler pour certaines situations.

 

On trouve ça “mal”

Un adultère, des violences, des dérives sexuelles, un mensonge ; un spectre de valeurs propres à chacun qui diffèrent selon les personnes. Si quelqu’un commet un acte que l’on met dans la catégorie des choses mal, notre perception de la personne évolue, et une seule de ses actions peut prendre le pas sur toutes les autres, entraînant un jugement d’une personne en entier, seulement vis à vis de l’une de ses actions parmis les millions qui la constituent.

On trouve ça nul

Différences d’éducation, attentes nos respectées, mauvaise écoute… L’expectative est souvent grande, et l’on se retrouve déçu vis à vis d’une personne ou d’une situation dans laquelle on avait beaucoup misé. Plus l’on grandit, plus l’on sait ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Rencontrer des gens dont les actions se dirigent vers ce que l’on ne veut pas est commun, et l’on juge rapidement une façon de se comporter que l’on trouve nul vis à vis de ses propres critères du “ce qui se fait et ne se fait pas”, ou de la bienséance en général.

Je me suis déjà retrouvée en date avec des gens qui rotaient (oui oui), qui sentaient leur plat bruyamment avant de le manger, qui coupaient la parole de la serveuse / la mienne / de la table d’à côté, allaient “payer l’addition bouge pas” mais ne payaient que leur part sans rien me dire, me laissant avec une serveuse aussi gênée que moi qui me courait après quand je quittais le lieu pensant que tout était réglé.

On ne comprend pas

L’inconnu fait peur. Une situation que l’on ne comprend pas, que l’on ne connaît pas, qui nous est totalement étrangère ; c’est la panique et l’on ressent le besoin de juger cette inconnue. Plutôt que d’accepter le fait que nous ne sommes pas familier avec tout, dans le monde entier, on préfère rejeter ce que l’on ne connaît pas pour pas se sentir perdu dans notre propre système de connaissances.

Cela remet en perspective nos propres valeurs

Et c’est infiniment lié avec le fait de ne pas comprendre. Pourquoi cette personne agit de cette façon qui est différente de la mienne ? Ou peut-être est-ce moi qui agis de manière différente ? Pourquoi tout le monde ne fait pas comme moi ? Est-ce que cela induit que j’ai tort ?

Nous faire sortir de nos valeurs si confortablement installées en nous depuis des années n’est pas toujours agréable. Et l’idée que l’on puisse avoir le choix d’agir, de penser, de réfléchir de manière différente que celle adoptée dans notre vie actuelle peut nous donner le vertige. C’est souvent pour ça que l’on adopte le cynisme, pour s’éloigner d’un système dont on ne veut pas voir même l’amorce.

Et on peut observer cette façon de fonctionner vis à vis de situations qui sont à l’opposé de nos habitudes de vie. On critique, on est acerbe vis à vis de choses qui nous font nous remettre en question.

Je ne ferai pas de conclusion, mais ne me jugez pas. Vous avez compris l’idée.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Commentaires fermés

ready for take off

Je me demande si je me lasserai un jour des aéroports, surtout en période de grandes vacances.

Les aéroports en période de grandes vacances, c’est le reflet de notre société moderne. On y croise des gens qui partent sous le soleil méditerranéen, se dirigeant vers une maison familiale remplie de rires et de tomates qui sentent bon le soleil. Et pourtant, ces gens-là trouvent le moyen de râler comme s’ils étaient bloqués dans la ligne 13 un mardi de novembre.

 

On y croise des familles qui répètent à qui veut bien l’entendre l’ordre des priorités des cinq prochaines minutes en parlant beaucoup trop fort à leurs chères têtes blondes “non c’est d’abord pipi, ensuite on monte dans l’avion et là tu pourras jouer à la Game Boy.” J’adore ces mamans qui pensent que les consoles modernes sont encore des Game Boy.

On y croise des influenceuses ; lunettes XXL vissées sur le nez, Insta stories toutes les deux minutes, désinfection à coup de lingettes anti-bactérienne de tout ce qu’elles touchent de près ou de loin, snacks emballés soigneusement, tenue confortable à 600€, et beauty routine d’une durée de 10 à 80 minutes lorsqu’elles montent dans l’avion, transformant la place 8B en Spa Nuxe pour se préparer pour un vol… de 3h.

On y croise des couples qui s’aiment et qui s’apprêtent à passer leurs deux premières semaines de vacances ensemble, se demandant s’ils auront assez de choses à se dire pour échanger pendant quinze jours. Et comment ils vont faire pour aller aux toilettes dans une chambre d’hôtel de 23m carrés sans rompre le charme.

Il y a les flippé.e.s du voyage. Ceux qui arrivent 4h avant le vol à l’aéroport, cherchent des yeux les panneaux sur lesquels rien n’est encore indiqué parce que… bah parce que le vol ne décolle que dans 4h… sonnent aux portiques de sécurité, n’ont pas assez de zip lock pour leurs produits liquides, produits liquides qui de toute façon font plus de 100mL, et qui achètent une nouvelle bouteille juste avant de passer lesdits portiques, devant la jeter après seulement trois gorgées, mais se forçant tout de même à la boire au maximum (il ne faut pas gâcher) et se levant donc 3 fois pendant le vol pour aller aux toilettes.

On y croise des couples plus vieux qui déambulent dans les Duty Free en se pschitant des parfums tous plus sucrés les uns que les autres, pas vraiment convaincus par les odeurs capitonnées qui s’élèvent de la porte 2 à la porte 23, mais avec cette pression de devoir acheter quelque chose car “ça revient quand-même moins cher ici tu te rends pas compte”.

Il y a ces groupes de copines qui partent faire un EVJF, un anniversaire, soutenir une amie qui a le coeur en miettes, ou juste se retrouver, réalisant qu’elles ne se voient pas assez à l’année, et qu’elles ont désormais besoin de se retrouver pour de vrai.

Puis il y a les gens seuls, qui réfléchissent. En voyage depuis longtemps parfois, ou depuis peu. A la recherche du moment qui changera leur vie, leur fera comprendre quel est le vrai but du voyage, et plus globalement celui de la vie. Ceux qui observent, les yeux dans le vague, se demandant s’ils se poseront un jour, et dans quel pays.

 

J’aime bien les aéroports ; les gens se cherchent des yeux, paniqués à l’idée de ne pas se retrouver dans cet amas de sièges qui se ressemblent tous. A l’idée de ne pas arriver à l’heure. Pas arriver à l’heure au check-in, au boarding, aux contrôles de sécurité, dans l’appareil, aux correspondances, dans leur location. Et à l’aube des vacances, hors de question de perdre du temps.

Les vacances, on n’en gaspille pas une seule seconde. Les vacances, c’est précieux.

Alors cet endroit qu’est l’aéroport, qui semble pourtant si froid avec sa clim trop forte, ses détails métalliques et ses sandwichs triangle “faits main” à 6€ ; on l’aime quand-même. Il est la première étape d’une vie différente éphémère que l’on appelle vacances. Il est la première marche de l’ascension du bonheur que l’on ne s’octroie que cinq semaines par an, pensant que c’est tout ce que l’on mérite, que c’est tout ce à quoi l’on a droit, à force d’avoir entendu que la vraie vie devait se faire dans la souffrance, pour que l’on puisse s’en échapper quelques semaines dans l’année.

J’aime bien les aéroports, ça me permet d’observer les gens et d’écrire des articles sur eux. Et ça, ça vaut tous les sandwichs triangle du monde.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Commentaires fermés

de la différence de perception

Au cours des dernières semaines, l’illusion d’optique avec un canard et un lapin est un sujet qui est revenu sur la table à plusieurs reprises. Lors de conversations, de découvertes de mèmes, de discussions sur la vue, sur la magie et autour de thématiques qui n’avaient absolument rien à voir avec cette illusion d’optique. Mais tout revenait à cette image qui ne date pourtant pas d’hier.

Cette image qu’est-ce que c’est ? C’est la différence de perception que l’on peut avoir dans une situation donnée. C’est penser quelque chose de différent en fonction de son histoire, son passé, ce que l’on pense savoir et ce que l’on sait réellement.

 

Et ne pas voir un canard quand une autre personne le voit, ce n’est pas avoir tort, ni avoir raison. C’est avoir un point de vue, une perception qui nous est propre.

 

Mais trop souvent, on a tendance à penser que notre perception est celle du monde entier. Et que si quelqu’un ne partage pas notre point de vue, c’est qu’il est forcément dans le faux. On essaie tant bien que mal d’expliquer, de prouver, d’argumenter, de persuader… pour finalement s’énerver et n’arriver à rien de satisfaisant, ni pour l’un, ni pour l’autre. Mais pourquoi est-ce que l’on a tant de mal à échanger autour d’un sujet sans vouloir que les personnes se rallient à notre point de vue ? Pourquoi est-ce que l’on a tant envie que tout le monde partage les mêmes avis que nous ?

 

Parce que ça rassure

C’est bien d’être différent. Très bien même. Mais même lorsque c’est le cas, on a besoin d’être entouré d’autres personnes différentes qui nous disent que l’on est juste différent, pas totalement seul. Se sentir rassuré, réconforté, savoir que l’on a des personnes qui nous soutiennent et que l’on est pas soi-même face au reste du monde ; ça fait quand-même du bien. Même si l’on crie sur tous les toits que l’on n’a besoin de personne et que l’on se fout éperdument de l’avis des autres et de leur façon de (ne pas) penser (comme nous).

Parce que convaincre, ça rend fort

À travers des discours de grands orateurs, d’hommes politiques, de gens passionnés qui font des Tedx ou des show men qui profitent de la solitude des américains en quête de sens pour leur extorquer de l’argent via un programme de confiance en soi ; convaincre c’est fédérer. Les paroles soulèvent les foules, donnent de l’espoir, font vibrer les peuples. Alors quand il s’agit d’exprimer son point de vue, on se lance trop souvent dans des monologues enflammés, qui sont la plupart du temps beaucoup mieux ficelés dans notre tête qu’en vrai. A coups d’anaphores, d’assonances, d’allitérations, et autres figures de style qui peuplent le Gradus, on se prend pour le leader de demain le temps de quelques minutes, même s’il s’agit seulement de convaincre notre channel Slack d’aller déjeuner chez le Kurde alors que tout le monde a envie de sushis.

Parce que Maslow

En ce moment, je n’arrête pas de penser à Maslow. Vous savez Maslow, l’homme qui a inventé la pyramide de Maslow. Ce monsieur-. Et bah je n’arrête pas de penser à lui pour beaucoup de raisons, notamment liées au fait que j’essaie de comprendre les priorités de l’humain, et par conséquent mes priorités à moi, et comment j’essaie de les faire évoluer. Mais on verra ça dans un autre article. Si je parle de Mr Maslow ici, c’est que je fais référence au besoin d’appartenance. Que l’on soit un loup solitaire ou une personne qui a besoin d’être en groupe, on a tous un besoin d’appartenance plus ou moins fort. L’homme est fait pour vivre en société, peu importe l’échelle. Et puis comme dit un grand sage (ou Nekfeu, je ne sais plus où j’ai lu ça), “tout seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin.”

 

Parce que l’on pense que se ressembler nous permet de nous comprendre

Suffit de voir dans chaque pays cette façon qu’ont les communautés de se mettre au coeur d’un même quartier. Quand on se ressemble on se sent compris, en sécurité. Alors qu’en fait, ce sont les différences qui nous permettent de nous enrichir, de voir plus loin, d’ouvrir nos oeillères et d’apprendre à embrasser nos différences, les autres cultures, les autres façons de penser.

Si l’on voit un canard, et que l’on ne reste qu’avec des personnes qui voient également un canard ; qu’est-ce qu’il se passe ensuite ? La discussion est finie, l’échange est mort dans l’oeuf, et tout devient plat avant même d’avoir décollé.

Bah ouais mais on fait quoi alors ?

On échange en s’écoutant les uns les autres, on n’essaie pas d’imposer son point de vue et on cesse de penser que l’on a raison. Ou que l’on a tort. La seule chose que l’on ait, c’est son avis. Faisons-en bon usage.

On s’intéresse à l’autre et aux raisons qui font qu’il ne voit peut-être pas la même chose que nous.

On arrête de ne rester qu’avec des personnes qui pensent comme nous. Et on ne s’enferme pas dans des cercles qui nous confortent mais ne nous apportent rien.

Mais on s’entoure de personnes qui nous écoutent même si l’on ne pense pas comme elles, et on prend exemple. Parce que c’est en rencontrant des personnes différentes que l’on devient meilleur. C’est Nekfeu qui l’a dit. Ou Gandhi. Faut vraiment que je fasse un update de mes inspirations.

À la question “et toi tu vois un lapin ou un canard dans l’image ?”, on répond “moi je vois une baleine”, et on attend de voir ce qu’il se passe.

Facebook Twitter Email
Publié dans Mon histoire | Commentaires fermés