Mon histoire

les boules quiès

Depuis 4 ans à l’agence dans le 11ème, j’arrive toujours tôt, pour avoir vingt minutes seule, totalement seule à mon étage et prendre le temps d’organiser mes pensées. Je me suis toujours levée tôt dans la vie, je prends le temps de petit-déjeuner, de regarder un bout de série, de lire quelques pages de mon bouquin, et surtout pour avoir cette sensation que le temps ne m’échappe pas.

Et ces vingt minutes à l’agence, sans écouteurs, sans rien, à regarder par la fenêtre et à ranger les tiroirs de ma tête, en ouvrir quelques uns, en refermer d’autres, sont nécessaires pour que je puisse me sentir bien.

Mais depuis quelques mois, ces vingt minutes n’existent plus.

Enfin, elles existent, mais elles sont dures à obtenir. Parce que le silence n’est plus disponible.

Paris a toujours été bruyante, mais elle est devenue inaudible. Elle râle des pots d’échappements, soupire des bus, elle pleure des orages, dégueule des klaxons et hurle des disputes. Paris ne m’autorise plus ces vingt minutes qu’elle m’offrait depuis toutes ces années. On s’était pourtant mises d’accord.

En participant à un cours de yoga sur les berges de Seine il y a quelques semaines, Paris m’a montrée que pour réussir à obtenir du silence, il fallait se battre. Trop se battre. Je n’ai jamais réussi à me concentrer, et alors que tout le monde faisait des « om », je pensais à tuer des gens.

Comment peut-on réussir à se concentrer quand les agressions sont tellement fortes ?

Comment réussir à trouver une paix intérieure quand tu entends un marteau piqueur à longueur de journée depuis plus d’une décennie ? Que les runners sur les berges de Seine écoutent leur musique via des enceintes portables ? Que le ménage de l’agence se fait pendant la pause dej ? Que Paris comptait au 1er juillet quelques

7 396 chantiers en cours ?

Sept mille trois cent quatre-vingt seize chantiers en cours.

Ça en fait du goudron qui colle sous ta running.

Ici on a des boules quiès, des intra-auriculaires, des casques anti bruits, parce qu’ici, le bruit ne fait pas de pause :

#Les gens toussent. On est 60 à l’agence, et personne n’a la bonne idée de tomber malade en même temps. On se relaie, du coup il y a toujours quelqu’un de malade. Ou d’allergique. Ou les deux.

#Les gens hurlent. Bah oui parce qu’il y a du bruit à l’extérieur, alors forcément, on hurle pour se faire entendre. On hurle en terrasse, on hurle dans la rue, on hurle dans le métro.

#On hurle pour se faire comprendre. J’ai nommé, les engueulades publiques. Moi ça me captive. Il y a des gens qui pètent des câbles sans rien en avoir à foutre du regard des autres. Et vas-y que je te tape dans la porte, que je te fasse des grands gestes, que ça pleure, que ça s’embrasse, que ça pleure de nouveau. Et toi tu regardes planqué.e derrière tes Ray Ban en te disant que peut-être que Racine a pensé ses pièces en voyant un couple se déchirer dans la rue. Le drame inspire et attire, c’est un fait.

#Les travaux. Paris et les travaux c’est un thème qui prend des proportions dramatiques. Avant, on avait du mal à trouver une place en terrasse, heureusement ce problème n’est plus d’actualité. Souvent coincées entre un boulevard bruyant, un marteau piqueur, un camion poubelle et une grue qui bip, plus personne ne va en terrasse.

#Les gens appellent. Sérieux, les appels c’est pas possible, moi j’ai l’impression qu’il va se passer un truc grave quand on m’appelle. Que quelqu’un est mort, a été kidnappé (merci Taken — « Good Luck »), ou que j’ai oublié de payer une facture. Ca fait tellement officiel. Les appels c’est la banque, l’assurance ou Gérard de Bouygues qui veut te vendre un Samsung Galaxy.

#Les chiens qui aboient. Ce n’est pas le fait qu’ils aboient qui m’énerve, c’est que ça me rappelle que moi je n’ai pas de chien.

#Les gens écoutent de la musique sans casque. Juste comme ça, comme s’ils étaient chez eux, dans l’intimité de leur salon. Alors qu’ils sont dans la rue. Mettons-nous d’accord sur une playlist les gars au moins.

#Les enfants qui pleurent. Ce n’est pas le fait qu’ils pleurent qui m’én… Ah si. Si si c’est tout à fait ça.

Les klaxons, les bus qui font vibrer les bâtiments en attendant à un feu, le camion poubelle qui passe huit fois dans la semaine alors qu’on a, je pense, la rue la plus dégueulasse de Paris. Les gens qui font leur tri sélectif à 7h du matin un dimanche — repose doucement ce pot en verre de confiture Bonne Maman et je te laisserai la vie sauve — qui passent l’aspirateur à minuit, qui se font des cafés quand tu es en conf call, les gens en conf call qui parlent alors que tu parles, les alarmes de voiture qui sonnent pendant deux heures sans s’arrêter, les portes qui claquent…

Paris c’est le mec qui ronfle super fort mais que tu aimes bien quand-même. Et dans les deux cas ; je vous conseille clairement les boules quiès.

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We gotta talk

J’adore parler. J’adore débattre, refaire le match, m’étendre sur la photo d’un film, dire que “quand-même 10€ la pinte ils exagèrent”, j’aime bien raconter, storyteller, narrer, rigoler, plaisanter, répéter “Meuf tu me l’as déjà raconté hier…”, demander l’avis des autres, ne pas écouter l’avis des autres “agree to disagree”. J’aime bien hurler, chuchoter, détailler, analyser, susurrer.

Mais si tant est que j’aime m’exprimer et écouter le reste du monde le faire, je pense que dans certaines situations, il devrait être obligatoire… de se taire.

Aux toilettes

Qu’est-ce que c’est que cette manie que de parler à quelqu’un de l’autre côté de la porte des toilettes. Si je vais là-bas, c’est pas pour débattre de pourquoi le dernier Jim Jarmush était nul. Alors attends, je reviens, et on en parle. La seule situation dans laquelle on peut se parler à travers cette porte c’est entre nanas, en boite, à 12 grammes. Non négociable.

En écrivant un message

Nous sommes une génération qui avons les yeux rivés sur notre écran. C’est mal. Et surtout, c’est malpoli. C’est pour ça que je ne sors pas mon téléphone au restaurant, ou que, quand j’écoute quelqu’un, je l’écoute vraiment. Pas avec un oeil sur facebook. Mais parfois, on doit répondre à un message / mail / whatsapp. Du coup on s’excuse “désolée mais je dois vraiment répondre à mon père / boss / plan cul ”. Comme ça, on annonce qu’on est conscient de faire quelque chose malpoli et qu’on met la conversation entre parenthèses pendant deux minutes, mais on s’excuse en le faisant.

Alors pourquoi, pourquoi, POURQUOI est-ce que la personne continuerait de parler ? On a dit qu’on revenait dans deux minutes, attends donc avant de poursuivre. Sinon, toi tu parles, et je ne t’écoute pas, moi j’envoie “j’ai envie de toi” à mon boss au lieu de l’envoyer à Roger, et je n’ai toujours pas répondu à mon père. Donc personne n’est content.

Pendant les pubs au cinéma

Vous savez combien de temps ça prend d’imaginer / produire une pub ? Longtemps. Très longtemps. Et ça coûte cher. Et ça prend énormément d’énergie. Et puis la pub souvent c’est nul, mais parfois, c’est beau. Alors au prix de votre place de ciné, commencez à porter votre attention sur l’écran dès votre installation dans les fauteuils rouges feutrés.

Au lit

“T’aimes ça ?” “J’y vais plus fort ?” “T’as envie de quoi ?”.

Bah là du coup j’ai très envie que tu te taises, parce que si je dois commencer à lister mes réponses dans ma tête tellement tu sollicites mon cerveau ça ne va pas aller. Je sais que certain.e.s aiment ça. Mais franchement, respirez entre deux questions, sinon ça épuise. Et pas dans le bon sens de la chose.

 

Au cinéma tout court

Je m’en fouuuuus que le mec ce soit celui qui joue dans le film de tu sais pas qui mais si le mec qui sortait avec la nana de la série là.

Je m’en cogne. Arrête de parler. Liste tes questions et on en parle APRÈS. Voilà, comme pour le lit en fait. On peut même s’envoyer en l’air au cinéma comme ça ça fait une pierre deux coups. Vous voyez, on trouve toujours des solutions.

Bien à vous, et du silence.

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C’est comment être célibataire à bientôt 30 ans ?

J’ai lu un article de Garance Doré il y a quelques jours, qui parlait du célibat à plus de 40 ans. Comme d’habitude, c’était brillant, criant de vérité, et très touchant. Alors je me suis dit que j’allais écrire un article sur ce que c’était que d’être célibataire à bientôt 30 ans.

C’est changer le “1m95, blond, épaules larges, plus de 80 kilos, bilingue Anglais, né ailleurs qu’en France, qui pratique un sport stylé type rugby ou waterpolo, tatoué, investi dans le bénévolat, études supérieures, sensible à la cause animale” que tu avais en tête quand tu avais 20 ans, en “poli”.

 

Puis changer le “poli” en “qui ne regarde pas son téléphone alors que je lui parle”

 

Puis en “ne regarde son téléphone que trois fois max quand je lui parle”

 

Avant de te dire que non, tu ne te contenteras pas d’un mec impoli en fait. Point barre.

 

C’est rencontrer des mecs, savoir que cela ne va pas marcher parce que tu le sens dans tes tripes, mais essayer quand-même. Arrêter. Essayer. Arrêter. Et puis te dire que ce que tu dois arrêter, c’est surtout de te faire du mal. Et commencer à écouter ce que ton corps te dit.

 

C’est crier à qui veut bien l’entendre que tu es une femme forte et indépendante et que de toute façon tu n’as pas besoin d’un mec pour être pleinement épanouie, et d’avouer après trois Spritz que quand-même, ça te manque d’être amoureuse.

 

Et demander entre deux sanglots et cinq Spritz que “ILLLL EST OUUUU LE BOOOOON ????”

 

C’est dire que de toute façon tu adopteras un bébé seule si a 35 ans tu n’as pas rencontré celui avec lequel tu voudrais partager ta vie.

 

C’est regarder Sex and the City et se dire “putain mais de ouf”

 

C’est regarder l’Auberge Espagnole, les Poupées Russes, Casse Tête Chinois et se dire “AH OUAIS MAIS DE OUF”

 

C’est partager des premiers baisers chaotiques. Genre vraiment chaotiques.

 

C’est partager des premiers baisers qui te font flageoler les jambes, battre le coeur et vibrer tout le corps. Et réaliser que ton coeur est encore là, prêt pour les belles rencontres.

 

C’est avoir la pression de tes parents en permanence. Parce que le fait que tu ne veuilles pas d’enfants ne change rien au fait que des petits-enfants, ils en veulent eux.

 

En fait c’est avoir la pression du reste du monde.

 

C’est apprendre à s’aimer et à passer du temps avec soi-même.

 

C’est te dire que si tu es célibataire, et que Chris Hemsworth ne l’est toujours pas, c’est peut-être qu’il y a un lien de corrélation.

 

C’est se raconter nos histoires entre potes / copines en mangeant une omelette et en se disant que “non mais quand-même y’a qu’à Paris que ça arrive”.

 

C’est appeler des copines qui vivent à l’étranger et dire “Oh my Gosh I thought it only happened in Paris”

 

C’est se dire que l’inconnu est à chaque coin de rue. Que ce soit le bon inconnu, ou l’inconnu tout court.

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Ça va c’est l’été

L’été, tout est moins grave. L’été on s’en fout un peu de ce qu’il peut se passer, parce que le monde s’est mis d’accord avec cet argument imparable “ohhh, ça vaaaaaa, c’est l’été…”.

L’été les gens peuvent arriver en retard, parce que cela nous donne du temps pour se poser sur un banc et bronzer. On peut attendre une table en terrasse plus longtemps parce que l’on ne se gèle pas le temps de fumer une cigarette. Les bars dégueulent de parisiens qui vont de rosé en Ricard, et ça ne nous dérange pas vraiment de marcher sur la route faute de place, parce que de toute façon, Paris est vide.

L’été les gens sont beaux. Et disponibles. Ah oui, parce que l’été, les couples se défont plus vite qu’un lacet glissant. Donc forcément l’été, on fait l’amour. On fait l’amour, on baise, on s’envoie en l’air ; peu importe la façon de le faire tant qu’on le fait. Oui j’ai dit “baiser”. Oh ça va, c’est l’été.

 

L’été, notre work out de la salle de gym au néon grésillant se transforme en cours de yoga matinal face à l’eau. Parce que l’été on veut bien faire des efforts, comme se lever tôt, se coucher tard, ou les deux. L’été, on mange moins, donc on se trouve plus mince, et à Paris, se trouver mince signifie se trouver beau pour beaucoup. L’été on mange des choses bonnes et fraîches ; de la tomate mozza de l’Italien au coin de la rue à la Carambole de notre cocktail en passant par une tranche de pastèque à la fin d’un barbecue. On mange bon, frais, et surtout on mange sexy. La pêche juteuse dans laquelle on croque a quand-même une autre gueule que la patate raclette du mois de novembre. Et puis des desserts sucrés, on ne s’en prive pas. Ça va, c’est l’été.

 

L’été on fait le tri ; on se débarrasse des tee-shirts que l’on ne met plus, de nos jeans élimés, des plans cul que l’on ne rappelait que lorsque Netflix plantait, et des vernis à ongles qui ont une consistance douteuse. Parce que l’été ; on a le choix. Les fringues sont moins chères, les friches poussent comme des bonnes herbes, et la carte des cocktails colorés s’allonge à perte de vue. Et souvent, on en boit un de trop. Mais bon… ça va, c’est l’été.

 

L’été on arrête de se lisser les cheveux, on arrête de se maquiller, on arrête de s’habiller et on regarde notre bronzage qui ressort dans nos draps blancs qui ont chauffé au soleil. On marche pieds nus dans l’herbe, et les parcs deviennent nos jardins privés. Mais on veut bien partager les Tuileries avec les milliers de touristes venus découvrir Paris, parce que bon, ça va, c’est l’été.

 

L’été, c’est le sas de décompression. Le dernier moment que l’on s’accorde avant de prendre les vraies décisions, celles qui vont dicter notre année à venir. Parce que comme les enfants, on continue de compter nos années telles des années scolaires. Et l’été sont autant les grandes vacances des trentenaires que celles des ados.

On s’amuse, on prend un peu plus de temps pour traverser la rue, on exagère nos mouvements, on cale son pas sur le rythme de la musique que l’on écoute, on ne boude pas lorsque l’on attend à un feu, on déteste moins les oiseaux sur les toits et on finitpresque par leur trouver un petit je ne sais quoi bucolique. On dort les fenêtres ouvertes en écoutant Paris qui elle aussi, peine à s’endormir à cause de la chaleur. On se dit que vivre autrement qu’en short n’est définitivement pas une façon de le faire et on lance des regards appuyés à ceux qui nous donnent encore plus chaud que les 33°c ambiants. Bah quoi ? Ça va, c’est l’été.

 

L’été, on fait des plans sur la comète, on en écrit, on en raye, on repense à certains, et on en repousse d’autres. Parce que l’on peut hésiter, après tout, on prendra les décisions à la rentrée.

En attendant, ça va… c’est l’été.

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La théorie du cheddar râpé

Depuis quelques mois, ma relation à l’alcool a beaucoup évoluée. Sans parler de l’approche des trente ans qui se profilent à l’horizon, je pense qu’au cours de notre vie, beaucoup d’étapes nous font évoluer et nous poser des questions sur la manière dont on se comporte, nos priorités, et la personne que l’on voit dans le miroir tous les matins.

On a envie de s’écouter, de se connaître, et de prendre davantage le temps de faire ce qui nous paraît juste pour nous, et pour les autres. Puis la bonne nouvelle quand on prend le temps de n’être qu’avec soi, c’est que l’on a de longues heures pour faire une introspection digne de ce nom, pendant des vacances en solo par exemple.

 

L’alcool en France, et d’autant plus à Paris, c’est symbole de vie sociale ; d’amis qui se réunissent, d’un date où l’on apprend à se connaître, d’une soirée en boîte où on lâche prise, d’un resto avec son mec où l’on refait le monde en buvant une bouteille stylée, d’un barbecue en famille dans le jardin d’une maison avec le rosé qui vient nous rafraîchir et environ 282929 situations où vin, gin, pintes et autres verres de prosecco sont synonymes de moments joyeux à partager.

Et lorsque l’on ne boit pas d’alcool, ça énerve les gens. On passe pour la personne chiante qui ne sait pas rigoler, “profiter” et on finit par devenir la paria qui ne sera plus invitée aux afterworks, anniversaires, happy hours et apéros en tout genre. Mais vous vous doutez bien que ce qui inquiète les gens dans le fait d’être face à une personne qui ne boit pas, ce n’est pas la capacité de ladite personne à se détendre avec un Perrier rondelle, mais plutôt leur propre rapport à l’alcool qu’ils se prennent en pleine face. C’est le miroir qui renvoie un reflet qu’ils n’ont pas envie de voir. Le même reflet de ceux qui deviennent agressifs et désagréables lorsque quelqu’un parle de convictions, d’environnement, de végétarisme.

Voir les autres faire un choix raisonné nous rappelle que l’on n’a pas été capable de faire pareil et nous donne la sensation de ne pas être “aussi bien”.

Et lorsque l’on se sent critiqué, que cela soit dit ou ressenti, on se braque.

Il y a quelques temps, j’ai lu cet article très intéressant, d’une nana qui parle de son rapport à l’alcool. De ses années de fac où la bière coulait à flots, des soirées nanas arrosées aux Caïpis et autres cocktails colorés que les mecs ont honte de commander (lancez-vous les gars, ne prenez juste pas de paille en plastique et personne ne vous jugera) et de comment l’alcool faisait partie intégrante de sa vie. Et en y réfléchissant, encore et encore, je me suis rendue compte que l’alcool me rendait de plus en plus triste. Que je m’y retrouvais de moins en moins, et j’ai voulu savoir pourquoi.

Les problèmes de santé, le fait de vieillir grandir, voir des gens dans des états pitoyables, voir des gens juste bourrés quand je tourne à l’eau, être moi-même dans des états dont je ne suis pas fière, être fatiguée juste parce que j’ai bu deux verres la veille, avoir un sommeil perturbé même à cause d’une bière… Des constats qui m’ont faire remettre en question une consommation que j’avais par habitude et via laquelle je ne ressentais plus de plaisir à proprement parler.

Puis j’ai compris en lisant des articles sur le sujet, en sortant avec des ami.e.s ou en réfléchissant à mes interrogations, que la consommation d’alcool nous rendait fainéants, et que c’était l’une des raisons pour lesquelles je ne m’y retrouvais plus vraiment.

Et cette culpabilité couplée à ce mal-être après avoir consommé de l’alcool (même un seul verre donc) m’a rappelé une sensation que je connaissais bien. Celle que je ressentais après avoir ingurgité des pâtes au cheddar.

Je m’explique.

Sept ans de végétarisme, des convictions fortes, et une envie de passer vegan qui me taraude depuis plusieurs années et qui ne fait que s’accentuer depuis quelques mois. Mais à chaque fois que je vais faire les courses, entre les kilos de fruits et de légumes, j’achète des pâtes fraîches et deux sachets de cheddar râpé, et à un moment de la semaine (souvent le soir-même parce que bon, on ne va pas se mentir quand t’as du chocolat ou une poire tu manges le chocolat) (ou tu fais fondre le chocolat et tu fais un gâteau poire chocolat) (bref tu ne fais pas une salade de fruits quoi) je les engloutis en huit minutes, cuisson comprise. Et ensuite, je me flagelle pendant des heures. Je ne me sens pas bien physiquement, je me dis que je ne pourrais jamais devenir vegan, que mes heures de sport hebdomadaires sont ruinées, que ma peau va être grasse et que je vais passer une sale nuit.

 

Alors que la veille je me faisais des légumes crème de coco et gomasio, si beaux que si j’avais Instagram je les aurais pris en photo (non) en me disant que j’étais une adulte responsable et épanouie, glissant dans un sommeil sans rêve et reposant, j’étais tout d’un coup en train de me dire que j’avais raté ma vie et que tout ça n’était que ma faute à moi. Et celle des pâtes au cheddar. Mais surtout de ma faute à moi.

 

Mais les pâtes fraîches planquées sous le cheddar fondu, c’est comme le verre un jeudi soir. C’est simple. Au lieu d’aller voir une expo, de chercher quelque chose d’original à faire, de lire ou d’aller transpirer au sport ; un verre de rosé en terrasse, c’est rassurant, c’est détente, on sait quel goût ça a.

Loin de là l’idée de blâmer les gens qui le font, et je le fais moi-même, et compte bien continuer à aller boire des coups avec les gens que j’aime, que ce soit un verre de rosé à la main ou un Perrier Citron. Mais tout comme le dry january, je pense qu’il faut s’écouter, et encourager ceux qui s’écoutent, que cela soit pour un jour, une semaine, un moins ou toute la vie. Que cela concerne la nourriture, le travail, le sport, l’alcool, le tabac, la drogue tout ce qui nous entoure et avec lesquels on galère parfois à trouver un juste milieu ou un arrêt total et définitif.

 

C’est déjà compliqué de s’écouter, alors si en plus les autres nous reprochent de trop le faire et nous tombent dessus dès que l’on n’est pas raccord avec ses démarches et envies, on ne s’en sort plus.

 

Alright alright comme dirait Matthew, mais du coup on fait comment pour être heureux, épanouis, cheddar free et fiers de nous du lundi au dimanche ?

C’est pas Vogue ici les gars, donc laissez-moi vous dire que ça ne passe pas par un soin de la peau à 400$ qui nous change la vie, et les pores. Mais ça peut passer par des réactions que l’on a par habitude et que l’on pourrait changer doucement, pour notre bien et celui de ceux qui nous entourent.

 

Laissez votre pote fumer une cigarette quand elle boit une bière si c’est ce dont elle a envie, et ne lui lancez pas un “ah bah t’as pas DU TOUT arrêté de fumer finalement” alors qu’elle est passée de 10 cigarettes quotidiennes à 1 cigarette hebdomadaire.

Mangez une raclette entre deux plats vegans préparés avec amour, et ne vous flagellez pas pour ça. Manger des patates recouvertes de fromage n’a jamais fait de quelqu’un une mauvaise personne. Mais écoutez votre corps et ne vous faites pas “mal” pour le payer au quintuple le lendemain le regard hagard devant votre pinte de citrate de bétaïne.

Buvez du Perrier quand tout le monde boit du Spritz si c’est ce que vous avez envie de faire. Et soyez-en fier.e.s.

Encouragez les végétariens, encouragez les vegans, encouragez tous les régimes tant qu’ils sont tenus par envie et ne sont pas subis.

En fait, faites ce que vous voulez, tant que vous en avez envie et que cela ne vous met pas en danger, et surtout encouragez les autres à faire de même. Que cela soit la solution de facilité, ou pas. Parce que le plus difficile, c’est de s’écouter et faire le choix d’aller au bout de ses envies, et surtout de respecter celles des autres.

Comme dirait Taylor Swift, et Jésus, Aimez-vous les uns les autres quoi. Et mangez des légumes, c’est important les légumes.

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Voyager seul.e

Je reviens de deux semaines de vacances dont dix jours passés seule.

Ouais, seule. Seule avec mes pensées, mon mac (pas le mec qui compte les billets, l’autre), mes 8 bouquins et mes quelques kilos de bagage. Je n’arrêtais pas de lire des articles sur le fait que voyager seule, c’était génial. Et en vrai, cela faisait super longtemps que j’avais envie de le faire, mais avec tous les amis formidables que j’ai — que voulez-vous je suis bien entourée — c’était toujours compliqué de choisir de renoncer à des projets en groupe pour décider de partir avec moi-seule — et les 7289 personnages qui logent dans mon cerveau — sans personne sur qui compter si j’oublie mon chargeur ou avec personne avec qui trinquer avec mon Perrier sans paille.

Partir seul.e, ça se fait de plus en plus, et je comprends les personnes qui tentent l’expérience, et le refont régulièrement. Que l’on parte pour un week-end ou six mois, être avec soi-même permet de se découvrir et surtout de découvrir un endroit à son rythme. Même lorsque je pars en groupe, je suis partisane du chacun fait ce qu’il veut. Si certains veulent aller à la plage, d’autres ne supportent pas le soleil, pareil pour les expos, tout le monde n’a pas envie d’aller visiter le musée de la tomate industrielle de Santorin.

 

Et c’est bien dommage.

 

Mais le partage de la voiture, les organisations des uns et des autres, les rythmes naturels des ou la facilité d’émancipation et d’adaptabilité des membres d’un groupe ne sont pas toujours des choses évidentes. Alors que lorsque l’on voyage seul.e…

 

on s’écoute, et c’est assez grisant.

On mange quand on a envie de manger, on va se baigner même quand l’eau est à 15°c, on fait du sport quand on a envie d’en faire, on ne culpabilise pas de faire une sieste 2h après s’être levé.e, on passe 4h à lire à une terrasse, on skip les attractions touristiques que l’on n’a pas forcément envie de faire et l’on reste quatre secondes ou trente minutes devant une oeuvre, sans trop savoir pourquoi. S’écouter et faire ce qui nous plaît de faire même si cela ne correspond pas à la norme des vacances, c’est écouter ses vraies envies. Pas organiser celles d’un groupe sans se demander si cela est en cohérence avec ce que l’on veut nous. Et c’est bien normal, en vacances on a envie de faire plein de trucs et surtout de ne rien rater, alors on fait les choses sans même se demander si l’on a vraiment envie de les faire, au fond de nous.

 

on compte sur soi, et c’est bon pour l’épanouissement

Dans les groupes il y a souvent ceux qui font et ceux qui se laissent porter. Et la vérité c’est que l’on passe de l’un à l’autre en fonction du groupe avec lequel on part. On peut être en charge de la map avec un groupe B et se laisser balader avec un groupe A. Pareil pour parler une langue étrangère, réserver les billets d’avion, contacter les Airbnb, se renseigner sur les choses à voir dans le pays etc. Et même si l’on est leader d’un groupe au sens organisationnel, on peut toujours se reposer sur les autres. Et on ne va pas se mentir, c’est agréable. Savoir que l’on trouvera toujours un chargeur quelque part, que l’on n’a pas besoin de mettre de réveil, qu’une playlist est prête, que l’on ne devra jamais demander un renseignement, que quelqu’un s’occupe du tricount ; c’est assez reposant. Mais ça a tendance à nous rendre un peu assisté.e. Et sentir que l’on ne sait pas faire quelque chose qui est pourtant à notre portée de mains, c’est pas bon pour la confiance en soi. Voyager seul.e, ça permet de se faire violence, et de se rendre compte après trois avions, deux ferries, et quatre bus, qu’en fait on sait très bien se débrouiller sans personne autour, et ça c’est bon pour l’ego. Que vous soyez leader, ou suiveur.

Et si l’on réserve un hôtel dans le mauvais pays, on se rend compte que ce n’est finalement pas la fin du monde, et on apprend à relativiser. Ce qui m’amène à mon point suivant :

 

on relativise, et on apprend à lâcher prise

Un restaurant dans lequel on voulait aller manger, un musée qui n’a plus de tickets le seul jour dans lequel on s’avère être dans la ville dudit musée, un coucher de soleil que l’on rate, une journée de pluie, un taxi qui nous escroque… Des détails qui peuvent nous mettre un coup au moral pendant nos vacances, qu’il s’agisse de quelques jours ou de plusieurs mois. Voyager seul.e, c’est voyager pour soi, et apprendre à garder le bon et à laisser passer le mauvais. C’est un peu comme la méditation, on visualise les choses désagréables qui nous sont arrivées, et on décide de les écarter ou d’y trouver du positif. C’est parfois compliqué selon notre caractère, mais sur le long terme, c’est quelque chose qui change réellement la vie. On voit très rapidement si la personne à laquelle on parle est une personne négative ou positive, et il n’y a pas à argumenter, vous ne voulez pas être de ceux qui sont cyniques et négatifs. C’est chiant et ça donne mauvaise mine.

 

on s’ouvre aux gens, et on découvre l’autre

On parle avec le chauffeur de taxi, une vraie conversation, pas seulement des banalités entre deux “vous avez un câble iPhone ?”, on demande l’avis des gens que l’on croise, on écoute une conversation en terrasse, on regarde les personnes qui marchent dans la rue, on partage une part de gâteau avec un inconnu, on petit-déjeune avec la gérante de l’hôtel et on se laisse la chance de découvrir des personnes captivantes vers lesquelles on ne se serait jamais tourné si l’on avait été en groupe, ou à deux.

Les rencontres fortuites sont tellement, tellement enrichissantes. Partager un bout de vie avec une personne que l’on croise sur la route c’est avoir la possibilité d’apprendre, de devenir meilleur, de partager quelque chose à travers une bribe de conversation. Et c’est si merveilleux.

Je n’aime pas vraiment cette expression de zone de confort, j’ai l’impression que cela culpabilise ceux qui veulent y rester, dans leur zone de confort. Mais voyager seul.e, c’est surtout se donner l’opportunité de gagner en confiance en soi, se découvrir des ressources que l’on ne se connaissait pas, et avoir l’opportunité de s’aimer soi-même. Alors d’accord, je vous vois les sceptiques, ça fait Gandhi tout ça, apprendre à s’aimer. Mais en attendant, c’est tellement bien de pouvoir se construire et devenir une personne que l’on aime un peu plus, grâce à soi, mais surtout grâce aux autres.

Du love

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interruption

“The rest of your video after this ad”

 

Raaaaahhh mais j’ai pas envie d’attendre 10 secondes pour voir si ce bébé loutre finit par se lancer dans cette baignoire pour apprendre à nager bordel.

 

C’est pas possible d’être interrompu en permanence dans la vie. Il suffit de commencer à bosser sur un boulot / se lancer dans une série / se lancer dans une sieste ou un bouquin pour que Slack s’emballe, que l’on reçoive un mail, ou 12, que notre téléphone sonne, que l’on reçoive un message, que l’on entende une notification Facebook, Twitter, Instagram, Tinder, que l’on renverse notre café, que notre Google Calendar nous rappelle une réunion, que l’on doive fermer la cagnotte Leetchi, que le prix des billets a baissé pour nos prochaines vacances, que l’on doive signer une pétition sinon on ira en enfer et les dauphins seront tous massacrés dans l’heure, que “on boit un coup ?”, “café ?”, “on mange où ?”, que Fleux envoie sa newsletter, que putain est-ce que j’ai confirmé le rendez-vous chez l’esthéticienne, que “faut vraiment que je lave mon bureau”, que “pourquoi j’ai arrêté de le voir déjà lui ?”, que ce soit l’anniversaire de notre mère / notre père / notre pote / notre mec, que ce soit déjà l’heure d’aller à l’entraînement, que “le trafic est lourd, pour arriver à l’heure à votre rendez-vous, partez maintenant”, que l’on se rende compte que notre sourcil droit est plus épilé que notre sourcil gauche, que les places que l’on attend soient enfin en vente, que “on fait un babyfoot ?”, que l’on ait plus de batterie, que ça sonne à l’interphone, que l’on se ferait bien un Uber Eats, qu’il faut lancer une machine, que l’happy hour va bientôt se finir, que le livreur d’Uber Eats n’arrive pas à comprendre que rue et avenue sont deux termes différents, que le voisin du dessus a décidé d’avoir oublié de fermer son robinet, que les pompiers débarquent, que le chat miaule, que le chien aboie, qu’aucun animal ne fasse de bruit et que l’on réalise que l’on prendrait bien un animal, que l’on pense à son ex, que “tu peux fermer la fenêtre ?”, que l’on ait envie de boire un thé, que l’on ait envie de faire pipi parce que l’on a bu trop de thé, que “tu peux fermer la fenêtre ?”.

 

Quoi qu’on fasse, on finit toujours pas être interrompu, et du coup on ne peut jamais finir ce que l’on a commen…

 

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C’est le printeeeeeemps

– Mais arrête c’est trop pas le printemps, il fait encore super froid hier j’ai mis une écharpe gnagnagna

J’ai dit C’EST LE PRINTEMPS. Y’a marqué sur mon agenda d’accord. Alors pourquoi c’est le printemps ? Comment on en est sûr.e.s ?

 

On est passé de trois à vingt coureurs aux Tuileries les mercredis matins. Bah alors les gars, vous étiez où en novembre quand il faisait -1°c, hein ? HEIN ?

 

J’ai vu des gens en short alors qu’il ne faisait que 17°c avec du soleil. Oui je faisais partie des gens, et alors ?

 

Les mecs qui font du crossfit dans ma salle de boxe ne mettent plus de tee-shirts pendant l’entraînement

 

Dans les vestiaires de cette même salle, il n’y avait plus d’eau chaude la dernière fois pour se doucher, et personne n’était énervé.

 

Les parisiens ont troqué leurs dolipranes pour des antihistaminiques. Bienvenue dans le monde impitoyable qu’est celui des allergies.

 

Les terrasses sont de sortie. Toujours impossible d’y avoir une table mais au moins, elles sont de sortie.

 

On est 2829293482 personnes confinées dans le parc à côté de l’agence, entassées sur les marches parce que la pelouse ne rouvre qu’en mai, mais qu’il fait quand-même assez bon pour aller manger à l’extérieur. Mais qu’il n’y a pas de places en terrasse donc.

 

Les parisiens ont troqué les pizzas pour des salades en vue de leurs vacances en maillot de bain Erès.

 

Les gens s’aiment.

 

Les gens s’aiment tellement que quand tu demandes à un pote dont tu n’as pas de nouvelles depuis quelques mois comment il va il te répond qu’il va bien. Et qu’il se marie.

 

Les gens parfois ne s’aiment plus. Mais il fait beau alors c’est moins grave.

 

Il fait jour en sortant du sport. Il fait jour en allant au sport. Il fait jour en allant au travail. Il fait jour en sortant du travail. Il fait jour tout le temps et on ne s’en lasse pas.

 

Ah. Bon bah du coup il fait forcément jour le dimanche à 7h du matin aussi. Et il fait jour dans notre oeil quand on a oublié de fermer le velux.

 

L’esthéticienne n’a de nouveau plus jamais de créneau de dispo.

 

On découvre les tatouages des gens de l’hiver écoulé.

Mais bon après tout on s’en fout de tout ça, l’essentiel c’est que ce soit le printemps et qu’il y ait ce truc dans l’air qui nous rend tout chose. Pas le pollen, l’autre truc.

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plus qu’un pas

En prenant le métro il y a quelques jours, j’ai vu au sol des stickers qui indiquaient que l’on n’était plus qu’à un pas d’une poubelle. Sous-entendu, “courage mon bon con, plus que quelques centimètres avant de jeter ton papier de Kinder Bueno huile de palmé, sois sympa, ne le jette pas par terre telle une personne qui s’en bat les couilles de tout. Bisou.*

Donc on imprime du plastique collant par terre comme dernier recours pour indiquer une poubelle dont les gens ne se servent visiblement pas, parce que soyons honnêtes, les gens sont sales.

 

“Vous n’êtes plus qu’à un pas”.

 

Putain, j’ai l’impression qu’en ce moment, on est à un pas de tout. Mais que l’on a besoin de nous l’indiquer en 4×3 tellement c’est devenu compliqué de voir ce qui se trouve sous nos yeux.

 

Et quand ce n’est même pas sous nos yeux alors ?

 

Cette impression d’être à un pas du job dont on a envie, du mec que l’on aimera, du sport qui nous plaît, de l’appartement dans lequel on sera heureux.

 

Et au final, on a cette sensation d’être à des milliers de kilomètres d’être capable de faire ce dont on a réellement envie, si tant est que l’on sache ce qui nous plaît dans la vie. Et comme le dit cette personne formidable qu’est Nicolas Beretti dans son TedX, on nous a tellement mis dans la tête qu’il fallait la trouver, cette foutue passion, que l’on passe la plupart de notre vie à la chercher, avec la peur de ne jamais la trouver et par conséquent de rater notre vie.

Et de mourir au compte-gouttes en étant obligé de regarder l’entièreté des saisons d’Inspecteur Barnaby en mangeant des Monster Munch au Ketchup**

Je ne sais pas pour vous mais j’ai tellement l’impression d’être à un pas d’une multitude de choses. Passionnantes ou pas. Et quand je parle avec des gens, qu’ils soient mes amis, ou des inconnus, ou des inconnus bourrés, j’ai cette sensation que pour tout le monde, ce petit pas semble être en réalité des milliers de putain de kilomètres

 

plus qu’un pas avant de faire une rupture conventionnelle et de quitter ce job qui ne nous plaît plus mais dans lequel on reste pour des raisons que l’on a oubliées

 

plus qu’un pas avant de trouver le bon mec, celui qui nous fera ressentir le zsa zsa zsu et auquel on n’aura pas besoin de préciser que oui, on amène une bouteille quand on est invité chez quelqu’un, et que non, regarder 17 fois son téléphone quand on dîne ce n’est pas poli.

 

plus qu’un pas avant de partir seul.e en vacances sans rien avoir réservé au préalable

 

plus qu’un pas avant de trouver le bon lieu pour son mariage, celui qui rentre dans le budget, qui n’est pas à 5h de Paris et qui est disponible avant 2024

 

plus qu’un pas avant de perdre ces kilos qui nous pourrissent depuis l’enfance et que l’on n’arrive pas à accepter

 

plus qu’un pas avant de quitter Paris et aller vraiment là où l’on se sent bien

 

plus qu’un pas pour se mettre en autoentrepreneur et lancer sa marque de fourchettes / fringues / son coffee shop / son tattoo shop / son bar à cocktails

 

plus qu’un pas avant de tout lâcher et de partir avec son passeport, 8 slips, un ordi, un chargeur et de la crème solaire pendant un an. Ou pour toute la vie.

 

plus qu’un pas pour dire non aux sorties du vendredi soir alors que l’on a envie de lire en buvant une camomille

 

plus qu’un pas pour passer végétarien, flexitarien, végétalien, pesco-végétarien, gluten free ou tout régime qui nous semble en accord avec nos convictions

 

plus qu’un pas pour changer d’appartement

 

plus qu’un pas pour trouver le bon sport. Ou en changer.

 

plus qu’un pas pour se dire que oui, on a changé d’ambition, et que ce MBA à 80K avec un job à 90H par semaine dans le conseil en marketing ne nous fait plus du tout envie

 

plus qu’un pas pour écrire ce bouquin auquel on pense depuis des années

Je crois que l’essentiel, c’est juste d’y aller. Parce que si l’on écoute le côté rationnel, trop rationnel que l’on a en nous, on ne le fait jamais ce pas. On ne met même pas nos chaussures d’ailleurs. Je sais pas vous, moi j’aime bien marcher pieds nus, alors j’ai viré mes pompes.

Faut juste faire attention aux petits cailloux.

*ce que, personnellement, j’aurais écrit noir sur blanc. Peut-être même sans le “bisou”.

**Ceci est ma vision personnelle de l’enfer et n’engage que moi

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How old are you?

J’ai lu un article d’un mec génial que vous trouvez ici qui explique que la plus grande richesse, c’est le temps. Le temps, c’est quelque chose que l’on ne peut pas récupérer. C’est un consommable que même les plus grosses fortunes ne peuvent pas s’offrir. Alors quand on se dit que chaque seconde écoulée est une seconde que l’on ne récupérera pas, on voit les choses un peu différemment.

Quand on s’octroie un moment où l’on repense au nous d’avant, que ce soit le nous d’il y a 10 ans, d’un an, ou d’une semaine, on voit à quel point l’on peut changer sur de nombreux points. Parfois un peu seulement, et souvent de façon totale.

Donc on vieillit. Bon ça, c’est inéluctable. Mais ce qui est cool avec le fait de vieillir, de grandir, c’est que l’on en apprend un peu plus sur soi chaque jour. Et que l’on apprend à s’écouter. Alors que l’on tente par tous les moyens de se conformer au reste du monde à 18 ans, aux amis, aux stars, aux influenceurs, à la pub, à ses frères et soeurs, à 30 on en a plus vraiment quelque chose à foutre si l’on prend le temps de s’écouter et de se défaire de ce côté matériel.

Et pas besoin d’attendre d’avoir 80 ans et de doubler sans pression dans la file d’attente du Monop pour pouvoir s’écouter et agir en écoutant “gut” (certains écoutent leur coeur, moi j’écoute mon intestin grêle, chacun fait ce qu’il veut).

Alors ça veut dire que l’on peut faire quoi ?

Bah tout. Tant que l’on respecte autrui.

 

On peut rejoindre des amis dans un bar. Se rendre compte que le sol colle au pied, se faire renverser une pinte dessus, avoir des frisottis dans les cheveux tellement c’est humide. Dire bonjour à nos amis et repartir immédiatement parce que non, là on ne peut pas supporter ça.

 

Aller dans un bar à cocktails pour boire “juste un verre”. En boire vraiment juste un. Rentrer à 22h, sobre, heureux. Le tout un vendredi soir.

 

Aller au yoga et manger des graines. Sourire aux gens qui se moquent des végétariens et leur envoyer des vidéos de l’association L214 un lundi matin en leur souhaitant une belle semaine.

 

Être perdu.e dans la vie.

 

Savoir exactement ce que l’on veut dans la vie, et ne pas s’excuser parce que c’est le cas.

 

Rencontrer quelqu’un, avoir peur que cela foire mais essayer quand-même. Foirer. Recommencer.

 

Ne pas rencontrer quelqu’un. Et être heureux.

 

Etre avec quelqu’un depuis 10 ans, décider de s’écouter et tout recommencer. Avec quelqu’un d’autre.

 

Ne pas parler aux gens que l’on trouve nocifs.

 

Dire non quand non, là on n’a pas envie, même si tout le monde le fait / y va / l’achète.

 

Faire la sieste.

 

Boire des tisanes.

 

On peut se séparer sans cri, sans larme, parce que l’on sait que c’est ce dont on a envie.

 

On peut se séparer en hurlant dans la rue, à genoux, en pleurant sans rien avoir à foutre que tout le monde nous regarde et nous juge. Parce que ce n’était pas du tout ce dont on avait envie.

 

On peut préférer l’espoir au cynisme. Parce que c’est plus dur, mais ça rend tellement plus heureux.

En fait on peut tout faire. Et on n’a pas besoin d’attendre d’avoir trente ans pour le faire. Alors si vous avez envie de changer de boulot, de ville, de vie, de mec, ou juste de mascara, faites-le bordel.

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