C’est pas mon genre

 

Quand j’étais plus jeune et qu’on faisait les boutiques avec ma mère et ma sœur, je les entendais toujours se dire « Ah oui c’est sympa, mais plus pour toi, moi c’est pas mon genre ». Je regardais ça de loin avec mon sac en plastique rose fluo Jennyfer à t’en décoller la rétine et ça me faisait marrer. C’était le truc poli pour dire « Euh, are you out of your mind? ». (Moi à table je disais tout le temps « Hmmm c’est bon mais j’en reprends pas », quand j’aimais pas un truc, ça faisait marrer ma mère). (Je crois que j’ai toujours su mettre les mots de mon côté pour me sortir de situations…mangetaviandesques.)

 

Et du coup, je me suis toujours demandée ce que c’était cette histoire de « genre ». On a l’impression qu’on a souvent une ligne édito à suivre, que si on aime/partage/découvre quelque chose qui ne correspond pas à cette dite ligne, on va se faire taper sur les doigts par Anna Wintour.

 

Ouais, ma rédactrice en chef à moi dans ma tête c’est Anna Wintour. J’fais ce que je veux. C’est ma tête.

 

Mais il y a des personnes que je rencontre, où j’ai vraiment l’impression qu’elles ont une ligne édito parfaite, où rien ne vient chambouler quoique ce soit, et où tous leurs goûts vivent en parfaite harmonie, dans une seule et même typo choisie avec style.

Vous voyez ces gens ? Genre pas ceux qui aiment les rugbymen mais aussi Orelsan (en même temps je ne sais pas si j’ai envie de lui mettre une claque ou de lui faire un bisou) (peut-être les deux) (ordre à définir).

 

Il y a des packs en fait.

 

Genre…

 

La ligne édito de Vice.

Le mec qui a déjà goûté des insectes, qui connaissait Raaad avant qu’il y ait Internet, qui n’écoute que des trucs avec 23 fans sur Soundcloud, qui est déjà tombé amoureux 24 fois de personnes avec lesquelles il est resté 6 jours, et qui de temps en temps se perd dans une Weather/Peacock parce que quand-même, faut pas déconner.

 

Ou…

 

La ligne édito de Paulette.

Les nanas qui s’assument, genre qui disent « bite » beaucoup trop, mais qui cherchent quand-même l’amour parce qu’au fond, ce sont des romantiques, qui vont dans des trucs bios mais qui aiment les burgers de Razowski, qui prennent soin d’elles en regardant Game of Thrones le dimanche et qui boivent des Sex on the Beach ou du Chardonnay.

 

Ou…

 

La ligne édito de Vogue.

Les nanas qui habitent en face de chez moi. Grandes, graaaaaaaandes. Masques à la feuille d’or, rouleau de printemps vegan, soupe de butternut, qui boivent au réveil de l’eau tiède avec un citron et qui font des sports que je n’arrive même pas à prononcer.

 

La ligne édito de Première

Le mec qui est en école d’ingé/éco/truc-où-quand-on-me-dit-je-fais-ça-en-soirée-je-me-dis « roo le pauvre », qui voit des films indés et qui ne vit que par Sundance mais qui, de temps en temps, se binge watch tous les Die Hard, qui boit des mojitos le lundi parce qu’on s’en fout, qui écoute Vampire Weekend et tous les trucs de pop indé et pour lequel une soirée en enfer s’illustre par aller au Zig Zag.

 

Mais la vérité, c’est que, heureusement (pour moi) (j’veux pas être toute seule dans ma galère), pour d’autres, notre bouquin est rarement un exemplaire dont la ligne éditoriale est parfaite, et le plus souvent, on y retrouve un joyeux bordel fait de Vogue, l’Equipe, Vice et Picsou Magazine.

 

Et ça, c’est quand on a de la chance, parce que parfois ça peut se résumer à Equidia, Direct Matin, Minute Buzz et Sud Ouest.

 

Mais bon, c’est pas mon genre.

 

 

 

  

 

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