de la difficulté du non-jugement

 

Il s’est passé un truc étrange récemment. J’ai reçu un message facebook d’une personne que je ne connaissais pas du tout. Il commençait sa phrase par “hello, je sais que ça fait deux ans, mais est-ce que je peux te poser une question”. J’ouvre donc tous les tiroirs de mon esprit, recherche tous les visages de personnes croisées, d’amis, d’amants, de connaissance de connaissance, d’entretiens de boulot, de personnes rencontrées en voyage, de contacts qui viennent via mes parents qui donnent mon contact à n’importe quel publicitaire en devenir à la recherche d’un stage… mais après une recherche intensive dans mon passé, je suis certaine que je ne connais pas cette personne. Il me dit “mais tu n’as pas l’historique de notre conversation ?”, et s’en suit cette capture écran :

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Donc on ne se connaissait ni en 2017, ni en 2019, et cet inconnu m’avait fait ouvrir tous les tiroirs de ma mémoire, me faisant mettre pause dans “Our Planet”, pour rien.

Je lui dis donc poliment que l’on ne se connait pas, que je ne sais toujours pas ce qu’il veut et que je sens le vieux e-plan drague du mec qui a choppé mon profil sur Wanted (communauté d’aide entre particuliers qui peut vous aider à réparer votre micro-ondes / donner des fringues à une association / vous couper les cheveux / retrouver votre pass navigo, dont les membres sont répartis de cette façon :

 

10% de personnes bienveillantes

60% de trolls

20% qui pensent que Wanted community est en fait la homepage de Google

10% de mecs relous qui t’envoient des “salu sa va” en DM après que tu aies posé une question à la communauté).

 

Il me dit qu’il a une proposition et se demandait si j’étais intéressée par un “moneyslave”.

Re-pause sur Our Planet, décidément je ne saurais jamais ce qu’il arrive à ces arabian leopards. (J’ai caché son identité pour des raisons évidentes – et aussi parce que j’aime bien colorier les trucs sur iPhone, j’ai l’impression de jouer aux jeux à gratter) :

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C’est après une recherche Google que j’apprends qu’un moneyslave est une personne qui est excitée sexuellement en envoyant de l’argent à des nanas qui vont le dominer.

 

Ah.

 

Là mon cerveau se répète donc “what the fuuuuck…what the fu…” depuis huit minutes, en se demandant à quoi  peut bien ressembler la vie de ce mec qui insiste tout de même pour me “faire rien qu’un petit virement”, même après que j’aie décliné sa proposition.

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J’en parle évidemment avec des copines sur une conversation de groupe pour faire écho à un débat que l’on avait eu pas plus tard que la veille autour du thème des sugar babies, ces femmes qui s’affichent au bras de puissants hommes qui leur offrent des cadeaux pour pouvoir profiter de leur présence. Et puis j’essaie d’arrêter de grimacer et de me dire que dans l’esprit d’être moins dans le jugement, davantage dans l’acceptation et dans la compréhension, je ne vais pas ranger ce mec dans la catégorie des personnes “dérangées”, simplement parce que ses orientations sexuelles ne sont pas les mêmes que celles dictées par la société. A cet instant, c’est très très compliqué. Déjà parce que j’ai laissé sur play Our Planet dans un mouvement de panique en allant d’article en article traitant du money slaving, que les arabian leopards ne sont plus à l’écran et que je ne sais pas où ils sont passés, étant donné que je n’ai pas été foutue de suivre une seule seconde de cet épisode qui s’annonçait pourtant très prometteur. Et puis surtout parce que ne pas juger quelqu’un quand ce qu’il fait / pense / dit, est en totale contradiction avec notre propre système de valeurs et de pensées. On a beau savoir que le monde est peuplé de personnes différentes de nous, on ne peut s’empêcher de juger leur façon de vivre, surtout si elle est différente de la nôtre. Et une fois le jugement posé, ce qui ne prend en général que quelques secondes, c’est très compliqué de le retirer et de revenir à une base neutre.

Et si l’on ne reçoit pas tous les jours des messages nous proposant du moneyslaving, on est tout de même confronté à ces situations via d’autres schémas par exemple.

 

Pendant un date, il suffit que la personne fasse quelque chose qui ne rentre pas dans nos critères de norme pour que tout se casse la gueule. On peut parfois faire abstraction de quelque chose que l’on estime étrange, mais c’est souvent trop dérangeant pour que ce soit le cas. A part si l’amour s’en mêle, mais c’est encore un autre sujet.

 

Ces jugements de valeur peuvent arriver pour plusieurs raisons. Les raisons peuvent se cumuler pour certaines situations.

 

On trouve ça “mal”

Un adultère, des violences, des dérives sexuelles, un mensonge ; un spectre de valeurs propres à chacun qui diffèrent selon les personnes. Si quelqu’un commet un acte que l’on met dans la catégorie des choses mal, notre perception de la personne évolue, et une seule de ses actions peut prendre le pas sur toutes les autres, entraînant un jugement d’une personne en entier, seulement vis à vis de l’une de ses actions parmis les millions qui la constituent.

On trouve ça nul

Différences d’éducation, attentes nos respectées, mauvaise écoute… L’expectative est souvent grande, et l’on se retrouve déçu vis à vis d’une personne ou d’une situation dans laquelle on avait beaucoup misé. Plus l’on grandit, plus l’on sait ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Rencontrer des gens dont les actions se dirigent vers ce que l’on ne veut pas est commun, et l’on juge rapidement une façon de se comporter que l’on trouve nul vis à vis de ses propres critères du “ce qui se fait et ne se fait pas”, ou de la bienséance en général.

Je me suis déjà retrouvée en date avec des gens qui rotaient (oui oui), qui sentaient leur plat bruyamment avant de le manger, qui coupaient la parole de la serveuse / la mienne / de la table d’à côté, allaient “payer l’addition bouge pas” mais ne payaient que leur part sans rien me dire, me laissant avec une serveuse aussi gênée que moi qui me courait après quand je quittais le lieu pensant que tout était réglé.

On ne comprend pas

L’inconnu fait peur. Une situation que l’on ne comprend pas, que l’on ne connaît pas, qui nous est totalement étrangère ; c’est la panique et l’on ressent le besoin de juger cette inconnue. Plutôt que d’accepter le fait que nous ne sommes pas familier avec tout, dans le monde entier, on préfère rejeter ce que l’on ne connaît pas pour pas se sentir perdu dans notre propre système de connaissances.

Cela remet en perspective nos propres valeurs

Et c’est infiniment lié avec le fait de ne pas comprendre. Pourquoi cette personne agit de cette façon qui est différente de la mienne ? Ou peut-être est-ce moi qui agis de manière différente ? Pourquoi tout le monde ne fait pas comme moi ? Est-ce que cela induit que j’ai tort ?

Nous faire sortir de nos valeurs si confortablement installées en nous depuis des années n’est pas toujours agréable. Et l’idée que l’on puisse avoir le choix d’agir, de penser, de réfléchir de manière différente que celle adoptée dans notre vie actuelle peut nous donner le vertige. C’est souvent pour ça que l’on adopte le cynisme, pour s’éloigner d’un système dont on ne veut pas voir même l’amorce.

Et on peut observer cette façon de fonctionner vis à vis de situations qui sont à l’opposé de nos habitudes de vie. On critique, on est acerbe vis à vis de choses qui nous font nous remettre en question.

Je ne ferai pas de conclusion, mais ne me jugez pas. Vous avez compris l’idée.

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