Hank Moody vs Charlotte York

 

 

On a tous des casseroles.

Et comme le dit très bien l’une de mes copines, certains d’entre nous peuvent même ouvrir une quincaillerie. Genre sur trois étages, avec escalators et tout.

On s’est tous fait briser le cœur, que ce soit au bout de deux semaines, 6 mois, 7 ans.

On a tous perdu des gens, on s’est tous mangé des murs en brique en se demandant, un peu étourdis, si l’on réussirait à remettre ne serait-ce que le début de la rotule par terre pour tenter de se relever.

Et il y a encore quelques temps, on nous bassinait tellement partout que si l’on n’avait pas trouvé l’équilibre rapidement, on se condamnait à une vie faite de solitude et de nuits trop courtes, pour une vie qui s’annonçait trop longue.

À coups de « vous et votre Jules », « DIY pour une cuisine au look de printemps » que l’on devait faire à peine sortis de l’école et de notre studio parisien, et « weekend pour souffler » alors qu’on n’avait pas fini de vouloir s’essouffler dans le bordel de la vie dans laquelle on évoluait.

Mais après cette recherche permanente d’un équilibre impossible à atteindre, la roue a tourné, et on nous incite désormais à assumer notre vie un peu bordélique, sans pour autant être pauvre ou mal dans son job. On nous « autorise » à être frivole, à mettre nos Ray Ban dès le mercredi matin, faute de cernes beaucoup trop marqués, à ne pas retrouver ses New Balance dans son appartement, faute de déshabillage alcoolisé la veille, à se lever un samedi à 18h à cause d’un after qui a trop duré, tout en gérant sa vie pro et le reste de son temps libre en étant heureux de ce que l’on voit dans le miroir – à part les cernes donc.

On a enfin le droit, même en tant que nanas, d’être des Hank Moody en puissance, et pas seulement des Charlotte York, à la recherche perpétuelle du « bon », dans une vie faite de Chardonnay et de coussins en soie shoppés au Bon Marché. On goûte enfin à des fauteuils clubs en cuir et au whisky sour sans se planquer.

Mais depuis que la société accepte cette forme hybride de gens, tout le monde veut voir ce qu’il se passe dans cette case, au détriment de la vie dans laquelle ils se sentaient pourtant bien quand on les encourageait à ne vivre que d’amour et de tartes maison (je ne juge pas les tartes maison) (j’aime les tartes maison) (non, J’ADORE les tartes maison), générant des discours qui sonnent souvent faux, à coups de vie le vent dans les cheveux sur une moto arpentant la route 66, alors qu’ils finissent au bout de 3 jours dans un Berlingo garé dans une maison du 95, heureux.

Parce qu’être dans une vie qui ne nous convient pas est sûrement la pire des choses, mais tenter de se faire passer pour quelqu’un que l’on n’est pas est bien pire.

Mais c’est normal qu’à force d’entendre que l’autre est éphémère et consommable en moins d’un samedi soir, la plupart des gens soit devenue des Hugh Hefner en puissance.

Parce qu’on se dit qu’on se fera toujours moins mal en essayant lamentablement de se souvenir de la soirée de la veille, qu’en essayant de se relever d’une rupture avec le Roger-oui-là-bas-attendez-regardez-pas-toutes-en-même-temps-il-va-voir-qu’on-parle-de-lui.

 

Bien à vous, et de la Wayfarer

 

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