J’ai pas tout compris

Dans la vie, tu sais plutôt si tu fais partie des gens qui savent garder la tête froide dans des situations compliquées, ou de ceux qui paniquent dès qu’un voyant passe au rouge sur le tableau de bord.

Perso, en cas de pression, je gère plutôt le truc. Je serre un peu plus les mâchoires que d’habitude, et fronce les sourcils à m’en creuser la ride, mais ça va.

 

Mais ça, c’était avant de devoir appeler le service clients de Free.

 

En rentrant un soir, je me rends compte que ma Free ne marche plus. Après trois rebranchements de box et 8 nouveaux cheveux blancs, je me dis que je ne vais pas m’empêcher de dormir pour ça, et que l’on verra bien demain. A 5h50 le lendemain, impossible de me rendormir, quand j’ai un truc sur mon post-it qui n’est pas rayé, ça me fait me retourner dans tous les sens. L’année où je n’arrivais pas à joindre les impôts pour leur poser une question, je n’ai pas dormir pendant 5 jours, et ai par conséquent perdu 8 ans d’espérance de vie.

 

J’ai donc décidé d’appeler le service clients de Free à 7h00 pétantes, histoire de ne pas avoir à vivre la file d’attente façon places pour Roland Garros. Ca a payé, je n’ai attendu que trois minutes, et mon problème était résolu en moins de dix.

 

Non je déconne, je suis restée 1h42 au téléphone, ai failli me défenestrer 4 fois, et mes voisins doivent penser que j’ai Gilles de la Tourette tellement j’ai insulté mon téléphone.

 

Free, c’est un peu comme un mec en fait. Mais pas l’un de ceux avec lequel ça marche super dès le début, ni l’un de ceux qui te disent de suite que ça ne va pas être possible. Non non, vous savez, c’est celui avec lequel tu parles pendant des jours, que tu vois, avec lequel tu vas voir une expo, et qui t’annonce au détour d’un 8ème date qu’il a une nana depuis 6 ans.

 

Oui, c’est ce genre de trou du cul là.

 

Avec Free, j’ai espéré. J’y ai cru au premier appel, quand il m’a dit que je ne devrais attendre que 5 minutes. Puis quand ça a raccroché suite à “un problème technique”, j’étais énervée, mais j’ai rappelé, j’avais envie d’y croire, je me suis dit que c’était pas de leur faute, qu’eux aussi devaient être deg de ne pas avoir réussi à aller au bout de l’appel. Du coup j’ai retenté. Il m’a dit que je ne devais attendre qu’une seule minute. Au bout de 23, ça a de nouveau raccroché suite à un problème technique. Du coup j’ai commencé à insulter avec des termes de plus en plus composés.

 

Je sais pas vous mais la complexité de l’insulte illustre le niveau d’énervement.

 

Exemples

 

Putain ! = Un peu énervée mais ça va

Putain de Dieu ! = Commence sacrément à me gonfler, ne pousse pas ta chance Roger

La putain de tes couilles de cul = Cours.

 

Mais je me suis dit ; j’ai commencé, franchement j’y vais à fond. Du coup j’ai rappelé. Dix-sept fois. DIX-SEPT PUTAIN DE FOIS.

J’étais devenue la nana désespérée qui envoie des déclarations d’amour à 4h du matin. Je me suis dit que, tant qu’à être ridicule, autant être ridicule ET utile. Du coup j’ai laissé mon iPhone en haut-parleur et j’ai été prendre une douche. Alors que je me demandais si les gens de Free étaient des sociopathes en puissance, j’ai entendu une voix. Pas celle de Dieu, mieux, celle d’un conseiller Free. Je suis sortie de la douche, de la mousse dans les yeux, j’ai évidemment glissé dans la salle de bain, et ai donc insulté le lavabo, ce putain d’insolent, et ai chopé mon iPhone, la main glissante et la voix pleine d’espoir.

 

“Bonjour je suis Sabrina, votre conseillère Free”

 

Mon Dieu, à cet instant-là, Sabrina j’avais envie de l’épouser. Je l’avais plus attendue qu’un Coca / glaçons un lendemain de soirée et franchement, je lui confiais ma vie. Bon ok, ma connexion Internet, mais y’a-t-il réellement une différence ?

Après moult questions inintéressantes et 7282 “Et là, il y a marqué quoi sur votre Freebox ?”, j’ai bien compris que Sabrina et moi, ça ne le ferait pas.

 

Entre temps, je recevais des messages de la personne qui m’attendait au Starbuck’s depuis 30 min, mais par peur d’appuyer sur une touche qui me ferait perdre Sabrina, je ne répondais pas.

 

Sabrina m’a finalement demandé pourquoi j’avais besoin en priorité d’avoir une connexion, je n’ai pas osé lui répondre que j’étais en plein dans la saison 2 de Riverdale et qu’il fallait ABSOLUMENT que je sache qui était le Black Hoodie Killer, du coup je me suis contentée d’un “Travail”, et elle m’a promis qu’elle me rappellerait le lendemain pour poursuivre l’assistance. Et depuis, comme toute bonne personne qui attend un coup de fil d’un mec, je regarde mon téléphone, et je me demande s’il va vraiment finir par sonner un jour.

 

De toute façon je mérite tellement mieux.

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