La bienveillance

 

Vous connaissez ce moment pendant lequel vous réalisez que vous avez laissé votre iPhone sur la table du café et que vous êtes en panique sur le chemin qui vous sépare de votre téléphone, que vous imaginez déjà perdu, esseulé sur une table collante qui sent la bière pas fraîche ?

 

Vous faites alors la liste de tout ce que vous aviez dedans, du prix que vous allez devoir payer pour vous racheter un nouveau téléphone, des papiers à remplir pour porter plainte, faire jouer l’assurance, prévenir vos contacts Facebook qu’une fois de plus, « Plus joignable par téléphone mais uniquement par Facebook merci », et ça agace.

 

Puis vient l’autre moment, celui dont je voudrais parler.

 

Celui où vous arrivez dans ledit café et qu’une personne vous tend votre téléphone « Vous l’aviez laissé sur la table, alors je l’ai gardé en attendant que vous reveniez ». Ce moment d’amour pur où l’on a envie de prendre la personne dans ses bras, de la serrer comme si on l’aimait depuis des années et que l’on ne pourrait pas vivre sans elle, cette sensation de joie qui nous enveloppe de nos sneakers au pompon de notre bonnet.

 

Ce moment, c’est celui que j’ai vécu en Egypte. Pendant 10 jours.

 

En 10 jours, j’ai pris plus de transports différents que durant toute ma vie. Et entre deux felouques, tuks tuks, bateaux à moteur, ferry, avions, taxis, bus, Uber, je suis tombée amoureuse du pays, mais surtout, je suis tombée amoureuse des gens.

 

L’Egypte est un pays qui déborde de bienveillance et de gentillesse, où les gens aiment sincèrement et ont envie d’aller vers l’autre, sans rien attendre en retour (Florent Pagny powa), juste parce que c’est cool d’aller vers l’inconnu en fait.

 

C’est un pays où il ‘y a pas de règles, où l’on peut mettre sa main hors du bateau pour toucher l’eau parce qu’il fait 44°c et que l’on se rafraîchirait bien un peu en regardant les maisons nubiennes au loin.

 

C’est un pays qui est rythmé par le bruit des klaxons, pas parce qu’il n’y a pas de panneaux routiers, mais parce qu’en klaxonnant on dit bonjour, on dit au revoir, on dit merci, on dit « hey coucou Assouan, moi je viens de Louxor », on dit « t’es joli », on dit « je suis content », on dit aussi parfois « mec bouge ton tuk tuk ou c’est moi qui te le bouge ».

 

Entre les effluves sucrées des terrasses à narguilé qui nous donnent l’impression de slalomer dans une fête foraine géante, on aperçoit des gens assis occupés à ne rien faire. Parce que là-bas on prend le temps de vivre, on sait (à peu près) quand on part, mais on ne sait pas (du tout) quand on arrive, et en vrai tout le monde s’en fout un peu d’arriver à une heure précise, parce que là-bas la vie se vit et ne s’organise pas.

 

C’est un pays où la bienveillance est omniprésente, où les gens n’ont pas grand chose mais veulent tout te donner, parce que les choses matérielles ne sont pas primordiales car souvent absentes. Alors les Egyptiens se concentrent sur ce que l’on ne peut pas acheter, sur l’émotionnel. Et c’est quelque chose que l’on a du mal à assimiler dans les pays occidentaux, bien que l’on tende vers ça de plus en plus, notamment avec des « tendances » de fond comme le Hygge danois, ou plus récemment le Gemütlichkeit allemand (vivre le moment présent, profiter du moment T tout ça tout ça) (avec un fond de bougie qui sent le feu de cheminée) (cheminée que tu n’as pas parce que, hey, prix de mètre carré à Paris tavu).

 

Les voyages ne forment pas que la jeunesse, ils nous forment nous, et à tout âge. Notre personnalité, notre façon de nous ouvrir au monde et de le percevoir. De réfléchir, de nous comporter face aux gens, face à l’inconnu, face à des situations que l’on n’a jamais vécues et des endroits que l’on n’a jamais vus auparavant.

 

Et ça, ça vaut tout le reste, fois 12.

 

Bien à vous, et du visa

 

 

 

 

 

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