Les cases

 

Madame, Monsieur.

Marié, Divorcé, Célibataire

Homme, Femme

Locataire, Propriétaire

CDD, CDI, Freelance

 

On a une capacité incroyable à vouloir faire rentrer les gens dans des petites cases.

 

Parce que les petites cases, c’est rassurant. Cela veut dire que l’on a réussi à percer à jour la personne, à comprendre vers où elle se dirigeait, ce à quoi elle aspirait, en la faisant rentrer dans un petit carré qui déterminera la façon dont on la perçoit.

Et ce n’est pas seulement sur des formulaires, mais aussi, et surtout, dans notre vie au quotidien.

Chaque décision, chaque action, est régie par le choix de la case qui va suivre, créant un schéma similaire à celui des livres dont vous êtes le héros.

 

Vous vous souvenez de ça ?

 

Vous deviez choisir une action, et en fonction de cette dernière, vous rendre à la page correspondante.

 

Aujourd’hui, c’est pareil. Il faut bien choisir ses petites cases, parce qu’en fonction de ce que l’on répond, on peut se retrouver à la mauvaise page.

Un « en ce moment je cherche un job » à la question « et toi tu fais quoi dans la vie ? », et BIM, rendez-vous dans les méandres de la petite case, là où toutes les « out-cases » viennent mourir péniblement, se demandant ce qu’aurait été leur vie si elles avait été noircies en face de la mention adéquate.

 

Quand on rencontre quelqu’un, on sait au bout d’une fraction de seconde dans quelle case on le met. S’en suit ensuite un parcours du combattant de la petite case pour déterminer si oui ou non ledit quelqu’un est admissible à l’étape 2.

 

C’est le Koh Lanta de la petite case.

 

La première petite case qui ne nécessite même pas que l’on pose la moindre question c’est celle du sexe. Puis celle du physique. Ou celle du feeling si l’on sait que l’on n’est intéressé que pour une case amicale.

Et puis on rentre dans le vif du sujet.

Tu fais quoi dans la vie ?

Tu as fait quelle école ?

Stages ?

Voyages ?

Passions ?

Coloc ? Seul(e) ? En couple ?

 

Tout va très vite, c’est un entretien, avec des cocktails en plus. Un déroulé de CV qui conduira peut-être à un poste d’ami, de booty call ou d’amour de toute une vie.

 

En d’autres termes…à une case.

 

Famille, Ami, Relation professionnelle

In a relationship, it’s complicated, single

 

On noircit des pans entiers de cases dans notre tête en se demandant à quel moment on va voir apparaître une mauvaise réponse.

 

Un « avec ma copine », un « si j’aurais », ou l’un des 373829910 critères que l’on s’impose.

 

Et puis il y a des cases dans lesquelles le reste du monde a déterminé que l’on devait être, en fonction de notre âge ou de notre expérience.

 

Compliqué de ne pas avoir quelqu’un, être marié, quand on est une femme après 35 ans. Parce que dans la tête des gens, l’autre case ressemble dangereusement à un mélange entre vieille fille et casse-couilles.

 

Compliqué de ne pas vouloir d’enfants, encore une fois quand on est une femme et que toutes les justifications du monde se ponctuent par un « Tu changeras d’avis » émanant de son interlocuteur.

 

Compliqué de ne pas être propriétaire à un certain âge, de ne pas vraiment se soucier de l’argent, de sortir comme quand on avait 20 ans, de se reconvertir professionnellement, d’acheter un appartement seul(e), de changer de vie du jour au lendemain, de reprendre des études à 35 ans ou de ne pas faire ce que l’on nous impose.

 

Alors à tous ceux qui veulent vivre dans une yourte, seuls, à 35 ans, ne pas se marier et changer de vie à 50 en devenant trapéziste à Kuala Lumpur pour 20K annuels ; vous avez tout mon soutien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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