les projections

— Bah non, mais il est chié quand même de réagir comme ça non ?

— Tu aurais voulu qu’il réagisse comment ?

 

Notre copine, notre mec, nos parents, notre boss, notre plan cul, le mec qui ne s’est pas levé dans le métro, la vieille dame qui nous a doublée au Monop’ ; on trouve toujours à redire sur les comportements de beaucoup de personnes au quotidien. Parce que le fait qu’une tierce personne ne réagisse pas comme on l’aurait souhaité ; ça nous agace. Et au cas où l’on n’aurait pas compris que les gens réagissent comme EUX l’entendent, et qu’on n’y peut pas grand chose, on se sent le besoin de débattre autour de cette réaction, et éventuellement de celle que l’on aurait aimé voir. Et les projections, c’est un peu comme un deuil, ou une rupture amoureuse ; il y a des étapes par lesquelles on passe. Qu’elles durent chacune plusieurs jours, ou seulement quelques secondes, l’être humain a besoin de passer par plusieurs phases qui englobent des sentiments bien définis, avant de digérer l’événement.

 

L’ATTENTE

Une situation, une conversation, un événement, sont autant de situations qui peuvent engendrer une “attente” de notre part. On estime qu’une personne se doit d’avoir une réaction suite à ce qu’on lui a dit / ce que l’on a fait / le travail que l’on a fourni. On est persuadé que quelque chose va se produire de la part de cette personne, c’est une évidence, seulement une question de temps, et l’on ne voit pas, même pas une seule seconde, les choses se dérouler autrement.

 

Exemples *

 

*J’utilise ici des exemples avec un “je” qui n’est pas “mon je”. C’est fictif. Imaginez si j’avais tous ces problèmes en même temps, franchement ce ne serait pas une vie. Et je claquerai mon budget voyage annuel en budget psy hebdomadaire.

 

Exemple 1 : Je fournis un rapport budgétaire archi détaillé à ma boss, je lui envoie en temps et en heure, tout y est parfaitement établi et j’ai été la plus minutieuse possible. Je fais exprès d’envoyer le mail à 22h34 un jeudi, parce que je suis quelqu’un d’engagé dans mon job, et je veux que cela se voie.

 

Exemple 2 : Je fournis une photo super hot à ma target du moment, chemise ouverte, soutien-gorge triangle en dentelle, main négligemment posée sur le sein. On est jeudi, il est trois pintes et demi PM, et j’arrive à prendre une photo qui mêle sexyness de Charlize Theron avec punchline provocante à la Seth Gueko.

 

Exemple 3 : J’aide ma pote à déménager. Après s’être séparée huit fois de ce tocard en trois ans, ils emménagent finalement ensemble. Je l’ai ramassée à la petite cuillère de façon régulière au cours de ces trois dernières années, mais elle l’aime. Donc bon, en tant qu’amie, je la soutiens, je souris à son tocard de mec, et je l’aide à porter ses meubles. Putain elle est pas mal leur table basse tiens.

LA PROJECTION

Chacun son jugement et ses valeurs. Ce qui paraît naturel à certains ne le sera absolument pas pour d’autres. Mais si l’on espère une réaction bien définie d’une personne, il y a peu de chances que ladite personne réagisse exactement comme on l’aurait souhaité. Pourquoi ? Parce que cette personne n’est pas nous. Et par conséquent, n’a ni le même jugement, ni les mêmes valeurs, et n’a pas non plus vécu les mêmes événements qui nous ont défini nous, en tant qu’être individuel.

Cette personne n’est pas nous.

Mind blowing, I know.

Je viens de vous éviter huit années de thérapie, ne me remerciez pas.

 

Exemple 1 : C’est sûr que je vais recevoir un mail qui me félicite pour ce rapport budgétaire. Franchement vu le boulot fourni, ce serait la moindre des choses. Parfaitement synchro avec les entretiens annuels et l’attribution des primes. Je le sens, ma boss va enfin me faire monter sur les annonceurs stylés, et d’ici 6 mois je serai directrice clientèle.

 

Exemple 2 : Bon clairement, d’ici trois minutes je reçois un “J’arrive”, et dans vingt minutes on s’envoie en l’air comme des brutes chez moi. Il va tomber amoureux c’est sûr. Je vais avoir trois orgasmes, il va tomber amoureux, et demain on ira petit-déjeuner chez Holly Belly.

Et il m’invitera, toujours troublé par les événements de la veille.

 

Exemple 3 : J’attends son texto de remerciement, autre que le “thx !” que j’ai reçu le lendemain du déménagement. Son invitation pour que l’on passe une soirée que toutes les deux, ou un bon pour un massage histoire d’oublier les courbatures liées aux 46 cartons que j’ai dû porter. On se connaît depuis douze ans, je sais comment elle est.

LA COLÈRE

Quand on n’obtient pas ce que l’on veut, on peut soit attendre patiemment, revoir comment on a demandé les choses, remettre en question notre façon de faire en étant calme et tempéré. Ou commencer les plans machiavéliques qui nous font serrer les dents et fumer huit cigarettes en guise de dîner. Dans l’impossibilité de reprocher quoique ce soit à l’autre qui n’est même pas au courant de la situation — parce que l’on n’a évidemment pas échangé avec l’autre pour éclaircir les choses et partager nos sentiments — on craque en ayant envie de rayer la personne de notre vie en lui souhaitant les pires choses, à cet humain sans coeur. Merde.

 

Exemple 1 : Mais quelle manager de merde. Pas foutue de soutenir ses équipes, je suis sûre qu’elle pense que c’est normal de bosser 80 heures par semaine depuis 4 ans pour un salaire de stagiaire qui m’oblige à vivre dans un 20m carrés. Elle va changer deux trucs, me dire que je n’ai pas été assez méticuleuse et signer de son nom avant envoi aux big boss. J’espère qu’elle va garder un petit bout d’edamame dans les dents tout l’après-midi après son jap.

 

Exemples 2 : Okay donc clairement un “nice”, n’était pas vraiment la réponse que j’attendais. Non mais je rêve. Le mec je lui sers mes boobs sur un plateau d’argent et j’ai l’impression de lui avoir envoyé un meme. Tocard.

 

Exemple 3 : Pas d’appel, pas de message, pas de remerciements, et elle annule notre soirée nanas au dernier moment pour “profiter de son nouveau chez eux”. Non mais… non mais attends mais je vais lui foutre dans les dents sa table de chevet là. Donc je joue aux Déménageurs Bretons tout un week-end et elle n’est pas foutue de se pointer à un dîner ? Ces gens qui arrêtent d’avoir une vie dès qu’ils se mettent en couple, c’est incroyable. Quand il la quittera pour la neuvième fois, elle pourra le déménager toute seule son ancien nouveau chez eux.

LA DÉCEPTION

Parce que la haine, c’est souvent une façon détournée de gérer quelque chose qui nous a blessé.e. On se sent mis.e de côté, rejeté.e, pas estimé.e à notre juste valeur ; et c’est souvent plus facile de se nicher dans la colère plutôt que d’admettre que notre ego a été touché. Et nos sentiments un peu malmenés. Très souvent dans le monde moderne ; être en colère, c’est être fort. Etre ébranlé, c’est être faible. Mais vient un moment où la tristesse et la déception nous rattrapent, pour venir se lover en nous. On regrette alors la haine que l’on avait, et qui semblait nous porter. La déception, elle, touche souvent plus profondément. On se remet en question, on refait le match, et la boule au ventre nous ronge de l’intérieur, faisait irradier la peine.

 

Exemple 1 : J’aimerais juste une fois, une seule fois, avoir la sensation de bien faire mon job, qu’on me dise que je suis à ma place, et arrêter de me taper ce syndrome de l’imposteur alors que je bosse depuis plusieurs années comme senior dans cette boîte. J’ai besoin que l’on me booste, et me considère, pour être capable d’abattre des quantités de travail dans un job qui me plaît.

 

Exemple 2 : Bon, clairement il ne me trouve pas si canon que ça. Pas grave, 74 photos prises, des envois à 4 copines pour choisir la bonne photo, un gommage / épilation / hydratation, et le tout après 3 pintes et demi sans tomber dans la douche. Je vais regarder un épisode de The Leftovers en mangeant des Pringles, ça fera très bien l’affaire. Merde, j’avais quand-même vachement envie de le voir ce con.

 

Exemple 3 : Dix ans d’amitié et je me fais reléguer au statut de déménageur bénévole. On s’est toujours soutenues, et dès que son engagement envers un autre être humain se concrétise, elle me fout à la cave avec les meubles de l’ancien proprio. Merde. Pourquoi est-ce que l’amitié fait parfois tout autant souffrir que l’amour ?

L’ACCEPTATION

Accepter de faire entrer des gens dans notre vie et de créer des liens avec elles, c’est accepter de les laisser être. C’est ne rien attendre d’elles, et leur donner l’amour et le respect nécessaires pour créer une relation saine et épanouissante pour les deux parties. En échangeant, en partageant nos ressentis, nos déceptions, de façon construite et non violente, on établit des ponts durables et sincères avec les autres. Call me Bouddha Flora, mais lorsque l’on n’attend rien, on peut être incroyablement et positivement surpris. L’amour, l’amitié, sont des notions incroyables, qui mêlent l’envie de posséder l’autre tellement les sentiments peuvent être forts, à la difficulté à le laisser être en tant que personne individuelle. On prend ce qu’il y a à prendre, donne ce que l’on peut donner, et si l’on souhaite partager la façon dont on a vécu la situation passée, on en parle calmement à l’autre, sans lui reprocher de ne pas être capable de lire dans notre esprit.

 

Exemple 1 : Je demande à voir ma boss pour lui expliquer mes attentes et la façon dont je vois les choses pour pouvoir être épanouie au sein de mon job, pour le bien-être de l’entreprise, et surtout pour le mien. Car l’un ne va pas sans l’autre. Si ma boss comprend et accepte les échanges, on fait des points souvent pour se parler sans laisser s’amasser les non-dits et les frustrations. Si elle ne veut rien entendre et ne nous considère pas, ne comprenant pas pourquoi l’on a besoin de reconnaissance dans notre travail, et de respect au quotidien, on se casse. On se trouve un job qui nous plait avec des collaborateurs respectueux, une ambiance bienveillante et des missions qui nous challengent. Et on se prend des petites semaines de vacances entre nos deux jobs. You go girl!

 

Exemple 2 : On se demande ce que l’on cherchait en envoyant cette photo. Un compliment ? Relancer un plan cul ? Attirer son attention ? Une validation ? Retenir quelqu’un qui nous échappe ? Quoique ce soit, on se l’avoue, et on essaie de comprendre ce que l’on recherche dans cette relation, et surtout si l’autre est sur la même longueur d’ondes. Et on ne laisse personne nous faire nous remettre en question sous prétexte que la réaction attendue n’était pas à la hauteur de celle que l’on attendait.

 

Exemple 3 : On parle avec notre amie en lui expliquant ce que l’on a ressenti, sans l’accuser de tous les maux. La communication non-violente, cela ouvre plus de portes que l’on ne peut se l’imaginer. Et on essaie de trouver un nouvel équilibre à notre relation qui nous conviendra à toutes les deux, sans frustration, sans amertume. Les amitiés évoluent, le tout est de savoir si l’on a envie d’évoluer avec elles. Ah oui, et on arrête d’appeler son mec “le tocard”. On ne sait jamais, à force de le dire ça pourrait nous échapper pendant le toast si ces deux-là décidaient de se marier. Mais quand-même, quel tocard.

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