ready for take off

Je me demande si je me lasserai un jour des aéroports, surtout en période de grandes vacances.

Les aéroports en période de grandes vacances, c’est le reflet de notre société moderne. On y croise des gens qui partent sous le soleil méditerranéen, se dirigeant vers une maison familiale remplie de rires et de tomates qui sentent bon le soleil. Et pourtant, ces gens-là trouvent le moyen de râler comme s’ils étaient bloqués dans la ligne 13 un mardi de novembre.

 

On y croise des familles qui répètent à qui veut bien l’entendre l’ordre des priorités des cinq prochaines minutes en parlant beaucoup trop fort à leurs chères têtes blondes “non c’est d’abord pipi, ensuite on monte dans l’avion et là tu pourras jouer à la Game Boy.” J’adore ces mamans qui pensent que les consoles modernes sont encore des Game Boy.

On y croise des influenceuses ; lunettes XXL vissées sur le nez, Insta stories toutes les deux minutes, désinfection à coup de lingettes anti-bactérienne de tout ce qu’elles touchent de près ou de loin, snacks emballés soigneusement, tenue confortable à 600€, et beauty routine d’une durée de 10 à 80 minutes lorsqu’elles montent dans l’avion, transformant la place 8B en Spa Nuxe pour se préparer pour un vol… de 3h.

On y croise des couples qui s’aiment et qui s’apprêtent à passer leurs deux premières semaines de vacances ensemble, se demandant s’ils auront assez de choses à se dire pour échanger pendant quinze jours. Et comment ils vont faire pour aller aux toilettes dans une chambre d’hôtel de 23m carrés sans rompre le charme.

Il y a les flippé.e.s du voyage. Ceux qui arrivent 4h avant le vol à l’aéroport, cherchent des yeux les panneaux sur lesquels rien n’est encore indiqué parce que… bah parce que le vol ne décolle que dans 4h… sonnent aux portiques de sécurité, n’ont pas assez de zip lock pour leurs produits liquides, produits liquides qui de toute façon font plus de 100mL, et qui achètent une nouvelle bouteille juste avant de passer lesdits portiques, devant la jeter après seulement trois gorgées, mais se forçant tout de même à la boire au maximum (il ne faut pas gâcher) et se levant donc 3 fois pendant le vol pour aller aux toilettes.

On y croise des couples plus vieux qui déambulent dans les Duty Free en se pschitant des parfums tous plus sucrés les uns que les autres, pas vraiment convaincus par les odeurs capitonnées qui s’élèvent de la porte 2 à la porte 23, mais avec cette pression de devoir acheter quelque chose car “ça revient quand-même moins cher ici tu te rends pas compte”.

Il y a ces groupes de copines qui partent faire un EVJF, un anniversaire, soutenir une amie qui a le coeur en miettes, ou juste se retrouver, réalisant qu’elles ne se voient pas assez à l’année, et qu’elles ont désormais besoin de se retrouver pour de vrai.

Puis il y a les gens seuls, qui réfléchissent. En voyage depuis longtemps parfois, ou depuis peu. A la recherche du moment qui changera leur vie, leur fera comprendre quel est le vrai but du voyage, et plus globalement celui de la vie. Ceux qui observent, les yeux dans le vague, se demandant s’ils se poseront un jour, et dans quel pays.

 

J’aime bien les aéroports ; les gens se cherchent des yeux, paniqués à l’idée de ne pas se retrouver dans cet amas de sièges qui se ressemblent tous. A l’idée de ne pas arriver à l’heure. Pas arriver à l’heure au check-in, au boarding, aux contrôles de sécurité, dans l’appareil, aux correspondances, dans leur location. Et à l’aube des vacances, hors de question de perdre du temps.

Les vacances, on n’en gaspille pas une seule seconde. Les vacances, c’est précieux.

Alors cet endroit qu’est l’aéroport, qui semble pourtant si froid avec sa clim trop forte, ses détails métalliques et ses sandwichs triangle “faits main” à 6€ ; on l’aime quand-même. Il est la première étape d’une vie différente éphémère que l’on appelle vacances. Il est la première marche de l’ascension du bonheur que l’on ne s’octroie que cinq semaines par an, pensant que c’est tout ce que l’on mérite, que c’est tout ce à quoi l’on a droit, à force d’avoir entendu que la vraie vie devait se faire dans la souffrance, pour que l’on puisse s’en échapper quelques semaines dans l’année.

J’aime bien les aéroports, ça me permet d’observer les gens et d’écrire des articles sur eux. Et ça, ça vaut tous les sandwichs triangle du monde.

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