Send nudes

Il y a des questions que je me pose depuis toujours du type “Les barres auxquelles on se tient dans le métro sont-elles parfois nettoyées ?” ou “Est-ce que les psys vont eux-mêmes voir des psys” en passant par “Est-ce qu’Henri IV avait vraiment un cheval blanc ?”.

Et puis il y a les question d’époque.

Les questions qui apparaissent suite à un nouveau mode de fonctionnement, une évolution technologique, une tendance comportementale…

Et il y a quelques semaines, la question était posée : mais pourquoi les mecs envoient-ils des dick pics ?

 

Pour ceux du fond en couple depuis 12 ans et qui habitent à Brest sans une box Internet, une dick pic c’est comme son nom charmant l’indique, une photo de l’appareil génital masculin.

 

Ouais bon une photo de b**e quoi.

 

Comme ça, sans filtre. Enfin après parfois il y a des filtres hein, il y a des artistes dans les dick pics senders, l’un n’empêche pas l’autre.

 

J’ai interrogé un panel absolument non représentatif de la population pour discuter de ça, il y avait des nanas, des mecs, des en couple, des pas en couple, des en couple mais bon c’est pas le bon, des en couple avec une personne différente chaque semaine, et tout le monde a partagé ses expériences liées de près ou de loins à ce phénomène de dick pics, et ça a été très enrichissant.

Enfin je vais pas non plus écrire une thèse dessus, mais quand-même, ça m’a permis de comprendre quelques trucs, de jongler entre conversations IRL, Facebook et autres slacks, et qu’on se le dise, à sacrément me marrer.

 

Parce que les nudes, je comprends. On est dans une société où tout doit aller vite, où tout doit donner envie, et où tout est totalement remplaçable ; en allant de son vélo jusqu’à son iPhone en passant par… son mec ou sa nana. Avant quand on rencontrait quelqu’un qui nous plaisait mais qu’il devait partir à l’étranger pour quelques mois, on l’attendait, même si c’était dur. Désormais, on lui trouve un remplaçant alors que l’embarquement de son vol n’a même pas encore commencé.

 

Bienvenue dans l’ère de la fast consommation.

 

UberEats est trop lent ? Pas grave, Foodora et Deliveroo sont là.

La nana qui nous sert notre Phô au coin de la rue n’est pas très agréable ? That’s ok, on en a 3 autres dans un périmètre de 300m.

Uber a un taux de majoration trop haut ? On ouvre Taxify.

 

Alors si notre mec s’endort sur ses lauriers et préfère s’enquiller des ramens en binge watchant Netflix plutôt que d’aller faire du TRX quatre heures par semaine, le menant à un ventre grassouillet, qu’est-ce qui nous empêche d’en trouver un autre ?

L’amour ?

Mais si amour il n’y a pas ?

Alors pour rester désirable, que l’on soit là ou pas, on use de la technologie pour donner envie. Une photo avec un bout de pectoral par là, une autre avec une amorce de boob par ici, de la duck face en veux-tu en voilà, des abdos lustrés juste là oui merci ; tout le monde connait ces photos qui teasent.

 

Mais qu’en est-il des dick pics, des vraies, celles que l’on reçoit sans ne rien avoir demandé, et qui ne donneraient pas envie à qui que ce soit même après un jeûn sexuel de 8 ans ?

Parce qu’en plus d’être totalement intrusifs, et vraiment déplacés, les envois de ce genre de photo ne donnent vraiment, mais alors vraaaaaaiment pas envie. Surtout pas à quelqu’un que l’on ne connaît pas, ou que depuis 10min d’échanges sur Tinder.

Mais que se passe-t-il dans le crâne des dick pics senders alors ? Une envie irrepressible de s’exhiber comme les enfants de 4 ans à la découverte de leur liberté ? Une profonde certitude que leur zizi en plan serré excitera le destinataire un mardi à 15h23 ?

Ca me paraissait bizarre. Et je pense au fond, que ce que les gens recherchent en envoyant ça, c’est la même chose que l’on recherche tous quand on demande à sa pote en essayant un jeans si “Il me fait un cul stylé ?”.

 

L’approbation.

 

Parce qu’à force de répéter aux mecs à travers le porno, la télé-réalité, les magazines, les articles que leur zgeg est trop petit, trop arqué, trop rapide, pas assez large, trop poilu, trop blanc, trop “mouais pas ouf”, trop “Non mais t’inquiète ça arrive à tout l’monde”, bah au lieu de se dire qu’ils s’en foutent du regard des autres, ils cherchent l’approbation d’inconnu.e.s.

Bon les gars qu’on se le dise, nous quand on nous dit que nos seins ne sont pas assez gros, que nos hanches le sont trop, ou que nos 83828292 autres morceaux de corps ne sont pas comme la société voudrait qu’ils soient, bah on se dit qu’on emmerde le monde (parfois) ou on va courir pour ne pas tuer les gens à l’origine de ces remarques (souvent) ou encore on boit du Chablis en disant que “C’est morphologique putain, les thigh gaps c’est pas pour tout le monde merde” (très souvent).

 

Alors pour éviter que vos zgegs trop ce que vous voulez (mais t’inquiète ça arrive à tout le monde) ne se retrouve dans nos photos iPhone, coincé entre un selfie de soirée fille et une référence de sneakers repérées dans une vitrine un dimanche, soyez cool, gardez votre truc dans votre Slip Français, et envoyez des poèmes. Ca demande un peu plus de réflexion certes, mais ça nous excitera bien plus.

 

Bien à vous, et du bon éclairage.

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