Voyager seul.e

Je reviens de deux semaines de vacances dont dix jours passés seule.

Ouais, seule. Seule avec mes pensées, mon mac (pas le mec qui compte les billets, l’autre), mes 8 bouquins et mes quelques kilos de bagage. Je n’arrêtais pas de lire des articles sur le fait que voyager seule, c’était génial. Et en vrai, cela faisait super longtemps que j’avais envie de le faire, mais avec tous les amis formidables que j’ai — que voulez-vous je suis bien entourée — c’était toujours compliqué de choisir de renoncer à des projets en groupe pour décider de partir avec moi-seule — et les 7289 personnages qui logent dans mon cerveau — sans personne sur qui compter si j’oublie mon chargeur ou avec personne avec qui trinquer avec mon Perrier sans paille.

Partir seul.e, ça se fait de plus en plus, et je comprends les personnes qui tentent l’expérience, et le refont régulièrement. Que l’on parte pour un week-end ou six mois, être avec soi-même permet de se découvrir et surtout de découvrir un endroit à son rythme. Même lorsque je pars en groupe, je suis partisane du chacun fait ce qu’il veut. Si certains veulent aller à la plage, d’autres ne supportent pas le soleil, pareil pour les expos, tout le monde n’a pas envie d’aller visiter le musée de la tomate industrielle de Santorin.

 

Et c’est bien dommage.

 

Mais le partage de la voiture, les organisations des uns et des autres, les rythmes naturels des ou la facilité d’émancipation et d’adaptabilité des membres d’un groupe ne sont pas toujours des choses évidentes. Alors que lorsque l’on voyage seul.e…

 

on s’écoute, et c’est assez grisant.

On mange quand on a envie de manger, on va se baigner même quand l’eau est à 15°c, on fait du sport quand on a envie d’en faire, on ne culpabilise pas de faire une sieste 2h après s’être levé.e, on passe 4h à lire à une terrasse, on skip les attractions touristiques que l’on n’a pas forcément envie de faire et l’on reste quatre secondes ou trente minutes devant une oeuvre, sans trop savoir pourquoi. S’écouter et faire ce qui nous plaît de faire même si cela ne correspond pas à la norme des vacances, c’est écouter ses vraies envies. Pas organiser celles d’un groupe sans se demander si cela est en cohérence avec ce que l’on veut nous. Et c’est bien normal, en vacances on a envie de faire plein de trucs et surtout de ne rien rater, alors on fait les choses sans même se demander si l’on a vraiment envie de les faire, au fond de nous.

 

on compte sur soi, et c’est bon pour l’épanouissement

Dans les groupes il y a souvent ceux qui font et ceux qui se laissent porter. Et la vérité c’est que l’on passe de l’un à l’autre en fonction du groupe avec lequel on part. On peut être en charge de la map avec un groupe B et se laisser balader avec un groupe A. Pareil pour parler une langue étrangère, réserver les billets d’avion, contacter les Airbnb, se renseigner sur les choses à voir dans le pays etc. Et même si l’on est leader d’un groupe au sens organisationnel, on peut toujours se reposer sur les autres. Et on ne va pas se mentir, c’est agréable. Savoir que l’on trouvera toujours un chargeur quelque part, que l’on n’a pas besoin de mettre de réveil, qu’une playlist est prête, que l’on ne devra jamais demander un renseignement, que quelqu’un s’occupe du tricount ; c’est assez reposant. Mais ça a tendance à nous rendre un peu assisté.e. Et sentir que l’on ne sait pas faire quelque chose qui est pourtant à notre portée de mains, c’est pas bon pour la confiance en soi. Voyager seul.e, ça permet de se faire violence, et de se rendre compte après trois avions, deux ferries, et quatre bus, qu’en fait on sait très bien se débrouiller sans personne autour, et ça c’est bon pour l’ego. Que vous soyez leader, ou suiveur.

Et si l’on réserve un hôtel dans le mauvais pays, on se rend compte que ce n’est finalement pas la fin du monde, et on apprend à relativiser. Ce qui m’amène à mon point suivant :

 

on relativise, et on apprend à lâcher prise

Un restaurant dans lequel on voulait aller manger, un musée qui n’a plus de tickets le seul jour dans lequel on s’avère être dans la ville dudit musée, un coucher de soleil que l’on rate, une journée de pluie, un taxi qui nous escroque… Des détails qui peuvent nous mettre un coup au moral pendant nos vacances, qu’il s’agisse de quelques jours ou de plusieurs mois. Voyager seul.e, c’est voyager pour soi, et apprendre à garder le bon et à laisser passer le mauvais. C’est un peu comme la méditation, on visualise les choses désagréables qui nous sont arrivées, et on décide de les écarter ou d’y trouver du positif. C’est parfois compliqué selon notre caractère, mais sur le long terme, c’est quelque chose qui change réellement la vie. On voit très rapidement si la personne à laquelle on parle est une personne négative ou positive, et il n’y a pas à argumenter, vous ne voulez pas être de ceux qui sont cyniques et négatifs. C’est chiant et ça donne mauvaise mine.

 

on s’ouvre aux gens, et on découvre l’autre

On parle avec le chauffeur de taxi, une vraie conversation, pas seulement des banalités entre deux “vous avez un câble iPhone ?”, on demande l’avis des gens que l’on croise, on écoute une conversation en terrasse, on regarde les personnes qui marchent dans la rue, on partage une part de gâteau avec un inconnu, on petit-déjeune avec la gérante de l’hôtel et on se laisse la chance de découvrir des personnes captivantes vers lesquelles on ne se serait jamais tourné si l’on avait été en groupe, ou à deux.

Les rencontres fortuites sont tellement, tellement enrichissantes. Partager un bout de vie avec une personne que l’on croise sur la route c’est avoir la possibilité d’apprendre, de devenir meilleur, de partager quelque chose à travers une bribe de conversation. Et c’est si merveilleux.

Je n’aime pas vraiment cette expression de zone de confort, j’ai l’impression que cela culpabilise ceux qui veulent y rester, dans leur zone de confort. Mais voyager seul.e, c’est surtout se donner l’opportunité de gagner en confiance en soi, se découvrir des ressources que l’on ne se connaissait pas, et avoir l’opportunité de s’aimer soi-même. Alors d’accord, je vous vois les sceptiques, ça fait Gandhi tout ça, apprendre à s’aimer. Mais en attendant, c’est tellement bien de pouvoir se construire et devenir une personne que l’on aime un peu plus, grâce à soi, mais surtout grâce aux autres.

Du love

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